Par Martin Hoegger

A la suite de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), la plupart des Églises réformées de Suisse romande, se sont engagées dans le débat sur le mariage pour tous. Cet engagement, le plus souvent unilatéral, provoque en moi trois questions après avoir consulté les sites internet de ces Églises.

Sur la page d’accueil de l’EERS, on lit en effet cette annonce : « L’EERS confirme son oui en faveur du mariage pour tous », et à droite une invitation à une soirée de réflexion avec ces deux questions : « L’amour pourrait-il être un péché ? Qui sont celles et ceux qui souhaitent le mariage pour tou·te·x·s (sic), et pour quelles raisons ? »

On trouve sur la page internet de l’Église protestante de Genève cette autre affirmation : « Mariage civil pour toutes et tous : L’Église protestante de Genève réaffirme la pleine intégration des couples de même sexe en son sein ».

La page de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) n’est pas en reste. Avec son logo aux couleurs arc-en-ciel, elle affirme: « L’Église réformée vaudoise s’engage dans une campagne d’information sur le mariage pour toutes et tous ».

Elle rappelle également « son devoir d’unité en organisant le débat, sa capacité institutionnelle à susciter et à accepter le débat, l’ouverture d’esprit nécessaire à l’expression des différentes sensibilités et appréciations, la richesse d’expressions cohabitant dans l’EERV ».

Toutefois dans sa communication et durant les neuf soirées organisées par le groupe « Église inclusive » une seule position sera déclinée. Ceux qui pensent autrement n’ont pas été invités à débattre parmi les préopinants, alors qu’ils l’avaient demandé.

L’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel ne s’est pas engagée, mais a placé sur la page d’accueil de son site un article sur une « 🌈 Célébration œcuménique en faveur du mariage pour tou·tes ». Est-ce une prise de position implicite ?    L’Église évangélique réformée du canton de Fribourg mentionne aussi cette célébration en annonçant que le synode empoignera le thème de l’élargissement du mariage le 11 septembre prochain. Les liens internet auxquels elle renvoie sont tous en faveur du mariage pour tous.

Comme l’EERV, l’EERS organise des tables rondes sur ce thème. La première a eu lieu au « Lab », à Genève, le 2 septembre dernier. Le pasteur Pierre-Philippe Blaser, membre du conseil de l’EERS a affirmé à cette occasion le désir de son conseil « d’ouvrir le dialogue le plus largement possible » (Minute 7.10 de la vidéo). Mais on n’a entendu qu’un seul son de cloche dans les diverses interventions durant cette rencontre : un oui retentissant au mariage civil pour « tou·te·x·s » !

Seule l’Église réformée évangélique du Valais reste en retrait : aucune allusion au débat en cours sur son site ! Est-elle la mauvaise élève de l’EERS ou exerce-t-elle simplement la vertu de prudence dans un débat clivant ?

L’Église réformée Berne-Jura-Soleure, quant à elle, tout en présumant un oui dans les urnes du 26 septembre et en prévoyant déjà un synode de réflexion sur la question du « mariage religieux pour tous » en octobre 2021, suivi d’un synode décisionnel une année plus tard, ne s’engage pas au sujet de la votation. Elle reconnaît qu’il « existe au sein de notre Église différentes opinions sur la question…et que dialoguer sur ces différentes positions correspond à la tradition réformée ».

On verra de quelle manière cette diversité s’exprimera : la preuve sera donnée par l’acte ! Mais en regard de l’absence de débat équitable à Genève et à Lausanne, du silence (complice ?) de Neuchâtel et de Fribourg, trois questions légitimes surgissent. Je les ai formulées avec un groupe qui s’est réuni récemment.

Comment les conseils d’Églises conçoivent-ils le débat pluraliste ?

En ne présentant qu’une seule position, celle en faveur du mariage pour tous, la communication actuelle de plusieurs Églises est unilatérale. D’autres arguments que ceux affirmés sur les sites internet (ou dans le magazine « Réformés ») n’ont pas eu de place, et à ce stade, cette communication donne l’impression d’une « pensée unique ».

Comment parler alors de « richesse d’expressions cohabitant dans l’Église », si une partie de celle-ci n’est pas représentée et entendue ? Pourquoi le respect du pluralisme dans l’Église – revendiqué à tel point qu’il est presque devenu une « cinquième note » de l’Église – n’est-il pas pratiqué dans le cas présent ?

Cette communication est à mon sens contraire à l’esprit du « discernement par consensus », auquel la Communion mondiale des Églises réformées invite ses Églises membres. Dans cette démarche, le « Hearing » (l’écoute des divers points de vue) est essentiel, mais en l’occurrence d’autres positions n’ont pas été invitées à se faire entendre.  

Notre ecclésiologie « presbytéro-synodale » : qu’est-elle devenue ?

Cette ecclésiologie se caractérise par un va et vient entre la base et le synode. Est-il légitime de relayer la décision du Synode de l’EERS de soutenir le mariage pour tous, et partant, sa célébration ecclésiale, sans consultation de la base de nos Églises ?

Une commission de l’EERV s’était penchée sur cette question en 2006. 90% des réformés d’alors n’étaient pas favorables à la bénédiction d’un mariage de personnes de même sexe, à la suite d’une consultation des paroisses de l’EERV.

J’ai peine à croire que les mentalités dans l’Église réformée aient évolué à ce point que seule une petite minorité y serait aujourd’hui opposée. Par ailleurs, où est-il écrit que l’évolution sociale serait un critère déterminant pour l’Église ?

Pourquoi l’Église réformée devrait-elle prendre position pour ou contre l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe ?

Les conseils d’Église ne devraient-ils pas plutôt reconnaître qu’il y a des positions divergentes dans leur Église ? Un conseil devrait exercer son « devoir d’unité » en communiquant qu’il est conscient qu’il y a dans l’Église des convictions et des sensibilités différentes sur ce sujet, ce qui conduit à des réponses différenciées en son sein.

Un conseil doit aussi faire œuvre de paix en ne donnant aucune consigne de vote et en encourageant un débat équitable et si possible serein à ce sujet. Le Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) avait déjà appelé à cela le Conseil synodal de l’EERV.

De plus, le silence d’un conseil sur cette question pourrait être interprété comme une prise de position implicite en faveur du mariage pour tous, surtout lorsque le magazine « Réformés » ou d’autres moyens d’information ecclésiaux proposent un traitement unilatéral de ce thème.

J’espère qu’à l’avenir les conseils favorisent un débat équitable en reconnaissant qu’il y a une réelle diversité d’opinions au sein des Églises réformées sur cette question…et sur bien d’autres !

A défaut de cela, la perspective « inclusive » devient excluante pour une large partie de l’Église.

martin.hoegger@gmail.com

Note : cet article a aussi été publié sur mon blog du site Réformés

martin.hoegger@gmail.com

Mariage pour tous : débat pluraliste ou pensée unique ?

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