Voici un texte du pasteur Etienne Roulet. Tout en s’enracinant dans la situation actuelle de l’EERV et de ses structures, la réflexion présentée et les pistes suggérées dépassent largement le contexte vaudois, raison pour laquelle il nous a paru bon de le mettre ainsi à la disposition de tous.

Une vision pour notre Eglise

Notre synode de l’EERV a refusé en mars 2018 (à 60% contre 40%) l’entrée en matière sur le rapport du CS concernant les dotations. Cela n’était jamais arrivé depuis très longtemps et montre l’ampleur du malaise.  Il faudra donc remettre l’ouvrage sur le métier, et surtout changer fondamentalement de vision ecclésiale.

Car avant de parler dotations, il faut se demander à partir de où se construit l’Eglise et quelles tâches sont à confier à chaque niveau. Les réflexions ci-dessous essaient de montrer, modestement, un chemin possible. Je crois qu’elles sont compatibles avec le principe presbytéro-synodal, sachant qu’il n’y a pas qu’une interprétation de ce terme. Mais je remarque que « presbytéro » vient avant « synodal », et qu’on ne dit pas une « Eglise synodo-presbytérale » ! Il y a donc une priorité évidente.

 

La communauté de base

Commençons par le commencement : quelle est la seule cellule ecclésiale (on dit aussi « lieu d’Eglise ») indispensable et nécessaire, si ce n’est la communauté de base (je dirai plus loin pourquoi je n’utilise pas le terme de « paroisse ») , celle qui rassemble les croyants dans la prière et le partage, autour de la Parole, le lieu où l’on se fortifie et s’encourage au témoignage ? Quand un régime athée essaie de détruire l’Eglise et interdit tout rassemblement, il reste toujours des réunions communautaires clandestines. Une communauté de base peut donc subsister sans la structure supérieure, alors que cette structure (régionale, cantonale, voire plus haut) est inutile s’il n’y a plus rien à la base. C’est donc à l’évidence là qu’il faut mettre l’essentiel des forces pour que l’Eglise continue, malgré les difficultés, à remplir sa mission. Sinon les fidèles et les ministres se décourageront et la mission se perdra.

On pourrait d’ailleurs affiner l’analyse en disant qu’à l’intérieur d’une telle communauté, il faut des plus petites cellules vivantes (familles, groupes de maison, de prière, de jeunes, etc…) pour nourrir l’ensemble. Une communauté de base est déjà une « communauté de communautés » selon l’expression heureuse du R3.

Alors pourquoi ne pas parler de « paroisse » ? Simplement parce que ce terme est trop connoté « espace géographique » (on est membre de telle paroisse parce qu’on habite sur son territoire). Cela convenait à la sociologie religieuse jusqu’à une ou deux générations en arrière. Et cela convient toujours aux régions rurales ou de montagne du canton, là où les villages sont encore des lieux forts de socialisation (pensons à La Vallée, au Pays d’En Haut, à Sainte-Croix). Mais plus du tout en région urbaine et dans une société de mobilité importante. De plus en plus on s’attache à un lieu d’Eglise par affinité spirituelle ou liturgique (Le Mont, Romainmôtier, etc.), et je suis persuadé qu’on va de plus en plus vers une Eglise de membres confessants, qui choisiront librement leur lieu d’insertion, et qu’il faudra donc adapter notre organisation. J’imagine très bien dans 10 ans une liste de membres inscrits dans chaque lieu d’Eglise, indépendante du lieu de domicile, qui donnera droit à la participation à ses diverses instances.

C’est donc à partir de cette base essentielle qu’il faut imaginer l’architecture de l’Eglise, selon le principe de subsidiarité. Mais une subsidiarité qui va de bas en haut (on ne délègue au niveau supérieur que ce que l’on ne peut pas faire tout seul) et non de haut en bas (on ne confie à la base que ce que l’on ne peut pas faire plus haut).

 

La région

Avec Eglise à Venir (2000) elle a pris le relais des anciens arrondissements et se trouve le lieu de nécessaires et importantes collaborations. Mais la région n’est pas un « lieu d’Eglise ». C’est un espace de communion, d’encouragement, de partage de tâches autrement impossibles, et un espace  indispensable pour les ministres pour qu’ils se sentent appuyés et non isolés. Mais ce n’est pas, et ne doit pas être, un lieu autonome de décision. Idéalement d’ailleurs on pourrait imaginer que le conseil régional soit composé des président-e-s de conseils de paroisse. C’est eux-elles qui savent le  mieux de quoi les communautés de base ont besoin pour se fortifier. Il faut donc accroître les collaborations et les synergies, mais toujours depuis le bas. Et que les communautés les plus fortes viennent en aide aux autres lorsqu’elles sont en difficulté.

Parmi les tâches communes, nécessaires selon le principe de subsidiarité, il y a celles des services communautaires : enfance, catéchèse, diaconie, Terre nouvelle, etc… Il faut bien sûr les garder, mais laisser aux régions, selon leur situation et leur génie propre, la possibilité de les organiser autrement : il n’est pas nécessaire partout d’y consacrer un % de poste à part, on peut très bien répartir la mission sur plusieurs ministres locaux, travaillant en teams (système bien plus productif que celui du « spécialiste »). Ou, à l’inverse, on pourrait demander à chaque ministre de Service Communautaire un % de ministère conséquent sur une paroisse. Même le poste de coordinateur peut être réparti sur 2-3 collègues, je l’ai vécu et c’était positif.

C’est donc là, s’il y a diminution de postes indispensable, qu’il faut faire porter les économies, et non sur les postes de communautés de base.

 

Le canton

Comme la région, le canton  doit être un lieu de partage, de communion, et bien sûr le niveau où se définissent les règles indispensables (théologiques, liturgiques, disciplinaires, etc…) pour la vie en commun et la cohésion ecclésiale.

Il y a trois types de postes cantonaux : les aumôneries (la plupart en missions communes), les postes de coordination de tel secteur (enfance, jeunesse, TN, etc…)  et les postes de gestion-administration. Les aumôneries (EMS, hôpitaux, prisons, hautes écoles, etc…) sont à considérer comme des communautés de base, même si leur population évolue plus rapidement qu’ailleurs et ne fait parfois que passer. Les diminutions devaient donc y être exceptionnelles.

Pour les postes de coordination sectorielle, il faut appliquer le principe de subsidiarité défini plus haut : seulement ce qui est indispensable pour fédérer les initiatives et créer une dynamique cantonale. Mais la créativité vient toujours d’en bas, elle ne s’élabore pas dans des bureaux. Il  n’y a pas besoin de ministres cantonaux pour animer des retraites, former des conseils de paroisse ou des laïcs adultes, ou faire des expériences de laboratoire.

Quant aux postes de gestion-administration, je suis persuadé qu’on peut alléger considérablement, certains postes s’auto-alimentant eux-mêmes. Même le Conseil synodal pourrait diminuer ses %, en laissant certaines responsabilités aux niveaux inférieurs (exemple : pourquoi diable les membres du CS veulent-ils être présents dans toutes les installations ministérielles, alors que c’était traditionnellement le rôle des préfets et des conseils d’arrondissements ?).

 

Quelques images pour terminer 

J’emprunte une métaphore navale à un ami coordinateur : voulons-nous une Eglise-flotille, dont l’unité est le souffle de l’Esprit qui les pousse, ou une Eglise-cuirassier, qui a une grosse force de feu mais peu de mobilité ?

Autre image (personnelle) : en Eglise, vaut-il  mieux resserrer les liens ou les boulons ?

Enfin je mets ici la vision ecclésiale de l’Eglise libre vaudoise (dont on a beaucoup vanté les mérites en 2017) : elle se définissait comme un « faisceau d’Eglises (locales) » !

 

ER / 13 mars 2018

Une vision pour l’Eglise

Un avis sur « Une vision pour l’Eglise »

  • 13 novembre 2018 à 12 h 43 min
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    Très bien. Merci pour votre travail.

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