Cette prédication de Pierre Bader nous permet de prendre conscience que nous rapetissons souvent Jésus à notre mesure. En explorant la notion de « crainte de Dieu », il nous permet d’entrevoir sa grandeur et sa sainteté.

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Quand on parle de la crainte de Dieu, cela peut réveiller de mauvais souvenirs. Son usage dans certaines spiritualités ou Eglises a défiguré le visage de Dieu et a un peu traumatisé certains d’entre nous.

Et pourtant l’absence de crainte de Dieu est une erreur toute aussi fondamentale. A plusieurs reprises, la Bible dit 

La crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse.”  Psaume 111.10 ou Proverbes 9.10

 Commençons par savoir de quoi nous parlons

Nous opposons facilement “la crainte de Dieu” style très Ancien Testament (foudre, tonnerre, guerres et morts, etc..) à l’amour de Jésus dans le Nouveau Testament (« comme il est mignon le petit Jésus dans sa crèche! »).

Mais nous faisons une erreur théologique et historique: le “petit Jésus” trône au ciel aujourd’hui.

Dans l’Apocalypse, Jean décrit sa rencontre avec Jésus: il entend “une puissante voix telle une trompette” puis “une voix comme la voix des océans”. Il voit quelqu’un qui ressemble à un homme mais dont les yeux sont comme une flamme ardente, dont le visage resplendit comme le soleil avec une épée qui sort de sa bouche.

La vue du “petit Jésus” fait tomber Jean dans la sidération, une des réactions psychologiques et physiologiques à un danger mortel! (Apocalypse 1.9-20)

Il est vrai que le Nouveau Testament fait un usage restreint de l’expression « crainte de Dieu ». Cependant, c’est ce sentiment qui habite les disciples lorsque Jésus démontre par un miracle la présence et l’action de Dieu.

Dans cette relation avec Dieu, la crainte est équilibrée par la confiance. À maintes reprises, quand Dieu se manifeste à un individu, il l’invite à ne pas avoir peur. Il y a là une tension: quand Dieu se manifeste, une crainte apparaît; cependant l’appel à ne pas avoir peur est une invitation à s’approcher et plutôt qu’à fuir cette Présence. 

On entre à genoux dans le lieu très saint

Les sacrificateurs savaient que le grand sacrificateur mourrait instantanément s’il se trouvait sans protection en présence de la gloire de Dieu.

Une tradition nous rapporte que, lorsqu’il allait derrière le voile du lieu très saint, il fallait qu’il y ait assez de fumée pour tout cacher: ne pas voir le Seigneur et ne pas être vu de lui était une sécurité supplémentaire.

Quand Pierre expérimente la pêche miraculeuse, au lieu de se réjouir, il n’en mène pas large : « Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : «Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.» En effet, lui et tous ceux qui étaient avec lui étaient remplis de frayeur à cause de la pêche qu’ils avaient faite.  Il en allait de même pour Jacques et Jean, les fils de Zébédée, les associés de Simon.” Luc 5, 8-10

Jésus ne va pas le rassurer pour le débarrasser de sa crainte de Dieu mais pour lui permettre d’entrer dans sa destinée:  Jésus dit à Simon : «N’aie pas peur, désormais tu seras pêcheur d’hommes.»  Alors ils ramenèrent les barques à terre, laissèrent tout et le suivirent.” Luc 5, 10-11

Nous ne pouvons entrer dans la présence de Dieu que grâce à la croix

Jésus est celui qui nous ouvre la chemin vers le Père; son sacrifice seul nous permet de nous tenir dans la présence de Dieu. 

En ce sens, la croix n’est pas l’antidote à la crainte de Dieu, comme si la grâce venait contrecarrer cette crainte. 

Non, la croix permet de se présenter devant notre Seigneur: elle n’est pas la fin de cette révérence de sa Majesté.

Au jour du jugement, nous serons tellement heureux de porter le vêtement de sa grâce qui couvrira ce que nous n’oserons pas montrer devant la gloire de Dieu.

Dans l’Ancien Testament, la notion de “gloire  » correspond à un mot hébreu qui désigne une réalité qui a du poids. Quand le Seigneur apparait, le poids extraordinaire de sa Présence est expérimenté par les humains et c’est bien ainsi!

Pourquoi la crainte de Dieu est-elle si nécessaire aujourd’hui? 

Si il fut une époque où la crainte de Dieu servait surtout à tenir les gens sous la coupe de l’Eglise ou du roi, aujourd’hui, tout a bien changé. Personnellement, la crainte des autorités se rappelle à moi surtout quand je vois un flash sur l’autoroute!

 Pourtant j’aimerais vous dire pourquoi la crainte de Dieu est tellement nécessaire aujourd’hui.

1. La crainte de Dieu parce que Dieu est Dieu

Vous vous rappelez l’image du buisson ardent. Le feu de cet arbuste est évidemment l’image de Dieu lui-même. Dieu est un feu dévorant (cf. Hébreux 12.29) et on ne joue pas avec le feu!

Mais quelle sorte de feu ? Un feu de colère, de punition, de destruction, de vengeance ? 

Non, la colère de Dieu a été “solutionnée” par le sacrifice de Jésus. Il n’y a plus de colère de Dieu pour ceux qui sont en Christ. Dans le feu du buisson ardent, c’est la passion de son Amour qui brûle. Ce qui nous pousse à la crainte de Dieu, ce n’est pas sa colère mais sa bonté et son pardon.

Mais le pardon se trouve auprès de toi afin qu’on te craigne” Psaume 130.4

2. La crainte de Dieu parce qu’elle est l’antidote à la crainte des hommes

Paul écrit aux Galates, qu’il est en train de confronter avec courage:  Car, maintenant, est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?” Galates 1.10

C’est une des question constantes dans ma vie: pourquoi est-ce que je choisis cette solution plutôt que celle-là? pourquoi ce choix théologique plutôt que celui-ci? 

Je crois aussi qu’il y a une question d’ambiance spirituelle. Excusez ce vocabulaire, j’essaye de définir ainsi une réalité culturelle en même temps que spirituelle qui affecte nos valeurs et nos comportements. Je devrais d’abord dire “mes valeurs et mes comportements » !

Je me souviens de cette amie qui voyage dans la monde entier. Elle me disait “j’annonce Jésus sans honte et sans peur dans le monde. Quand je reviens en Suisse, il y a une crainte des hommes en moi! Et pourtant je reste la même.”

Je crois que l’Eglise réformée a les défauts de ses qualités: si elle sait être très attentive aux humains, à la culture et à la société, le revers de cette médaille est la crainte des hommes qui l’habite tellement. Ce souci incapacitant d’être accepté influence énormément nos choix notamment éthiques. J’ai souvent l’impression que cette peur des humains est la source de beaucoup de nos décisions, bien plus qu’une lecture attentive de la Bible.

Dans l’Apocalypse, il y a 2 grandes menaces sur le peuple de Dieu: la persécution et la séduction 

Si les chrétiens de nombreux pays subissent la persécution, dans notre société occidentale, c’est bien plutôt la séduction qui est à l’œuvre : notre accès constant aux médias nous rend particulièrement influencés par les courants de pensée actuels. Difficile à partir de là de se démarquer et d’oser une pensée chrétienne différente.

Face à ce choix entre l’approbation des hommes ou celle de Dieu, Paul est radical:

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ. 

C’est exclusif et cela nécessite donc de notre part un choix clair.

La radicalité de l’Évangile

L’Évangile ne se laisse pas maîtriser ou dompter. On ne peut pas récupérer Jésus dans nos systèmes. Nous avons tous “choisi” une théologie: pourquoi celle-là plus qu’une autre ? En fait seul Jésus est la “bonne théologie”. L’appel de Jésus est dérangeant; lorsqu’il ne l’est plus, il y a fort à parier qu’il ne s’agit alors plus tellement de l’Évangile mais beaucoup de nos théologies  !

Cette radicalité ne peut cependant jamais être une excuse pour notre manque d’amour ou de sagesse. 

3. La crainte de Dieu pour nous défier d’aller jusqu’au bout.

Nous connaissons tous ces obéissances partielles et ces compromis dont nous nous accommodons.Cela ne signifie pas que notre obéissance sera parfaite, sinon nous n’aurions plus besoin de Jésus; mais il s’agit d’aller jusqu’au bout de nos obéissances.

Il y a ces traits de caractère que nous tolérons en nous et dont nous savons pourtant qu’ils n’honorent pas Dieu et ne servent pas à aimer les humains.

Paul dira ailleurs : Ayant donc de telles promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu”. 2 Corinthiens 7.1

La crainte de Dieu nous aide à être conséquents.

Nous pouvons renverser ces ambiances et ces forteresses spirituelles en répondant clairement à la question que Paul pose :

“Est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ?

Parce que la conséquence est radicale: 

Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.

Prédication faite à Corsier-sur-Vevey en novembre 2019 par Pierre Bader. D’autres prédications sont disponibles sur le site de la paroisse de Corseaux-Corsier : https://corsiercorseaux.eerv.ch

“Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur du Christ.”
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