Par Martin Hoegger*

Le moment le plus fort de la conférence missionnaire d’Arusha fut, pour moi, la matinée consacrée au message de la croix et de la résurrection. Dans bien des pays, des chrétiens payent cher leur appartenance au Christ. Suivre le Christ en tant que son disciple signifie aussi embrasser la Croix, d’où jaillit l’Esprit saint. Un bel approfondissement du thème de la conférence : « Agir selon l’Esprit saint : appelés à être des disciples transformés ».

Le patriarche de l’Eglise orthodoxe syriaque Ignace Mor Aphrem a témoigné de la folie du message de la Croix. La mission de l’Eglise est de l’annoncer pour le salut de l’humanité. « L’amour de Dieu est une relation : chacun est appelé à entrer dans cette relation et à la vivre avec nos frères et sœurs, de les aimer, sans chercher son propre profit ».

Il s’agit de montrer un amour sacrificiel particulièrement envers ceux qui sont dans le besoin. Christ nous a donné l’exemple en lavant les pieds de ses disciples : « Etre disciple du Christ signifie se donner entièrement à Lui en se rappelant que s’il a été persécuté, nous le serons aussi. En effet le christianisme n’est pas  le bienvenu car il remet en question les idées du monde ». 

Le jeune et brillant patriarche rappelle que son peuple a subi un génocide de 500’000 personnes par les Ottomans, il y a cent ans et que la persécution continue aujourd’hui à travers l’Etat islamique. Particulièrement dramatique est la situation des chrétiens dans le quartier chrétien de Damas, continuellement bombardé depuis celui de la Ghoutta.

« Nous continuons malgré tout à prêcher le pardon et à être témoins de l’Évangile de l’amour. Notre présence est nécessaire pas seulement pour le christianisme, mais pour toute la région. La présence des chrétiens est ferment de réconciliation et de paix. Mais pour continuer à être témoins, nous avons besoin du soutien des chrétiens du monde entier ».

 

Multiples facettes de la Croix

Les aspects de la Croix sont multiples dans nos vies personnelles. La conférence a mis aussi en évidence les Croix sociales. Roberto Zwetch raconte les injustices envers les indiens désappropriés de leur terre au Brésil et la violence contre les femmes. Ce pays a le triste record du taux le plus élevé d’homicides féminins. L’Eglise ne peut garder le silence devant cette réalité.

Angélique Walker Smith parle aussi du poids de la croix que doit porter la femme africaine dans une société tout aussi violente. « Mais combien grande est la force de la résurrection » ! Durant la conférence d’Arusha, une déléguée a été victime d’un rapt et sévèrement blessée. Ce douloureux événement a suscité une sévère mise au point du président de la Commission Mission et Evangélisation, Mor Geevarghese Coorilos.

L’américaine Kathryn Lohre se demande comment « embrasser la croix pour l’amour de nos prochains »: « Comme disciples du Christ, nous devons protester quand et où l’Évangile est diminué, déformé ou trahi, ou quand nos prochains sont menacés ou souffrent de sectarisme et de violence » 

« Prie et bats toi pour la justice »! appelait Dietrich Bonhoeffer. « Mais les missionnaires ont confisqué nos terres en laissant la Bible entre nos mains », constate le pasteur sud-africain Vuyani Vellem qui s’est livré à une diatribe contre le colonialisme et tous les autres « -ismes ».

 

« J’ai fait un rêve »

Pour les 50 ans de l’assassinat de Martin Luther King, une lecture de son « J’ai fait un rêve » a été suivie par quelques commentaires sur ce célèbre sermon.

Je retiens celui de la coréenne Sang Chang, présidente du COE en Asie, pour qui les deux caractéristiques fondamentales d’un disciple bien équipé sont d’embrasser la croix et d’avoir un rêve. Cela signifie avant tout vivre les deux demandes du Notre Père concernant le pardon et le pain quotidien. « Nous ne pouvons être de vrais disciples si nous ne sommes pas prêts à offrir un pardon à tous et à partager notre pain avec tous ».

Pour l’évêque Brian Farrell, secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, il n’y a pas de grâce bon marché, ni de mission ou d’évangélisation bon marché. Trop souvent, les Eglises n’ont pas vu ce que Dietrich Bonhoeffer a si profondément vécu dans le drame de sa propre détention : Dieu ne vient pas à notre aide, ni ne nous sauve par sa toute-puissance, mais par sa faiblesse.

« Ce qui a coûté beaucoup à Dieu ne peut pas être bon marché pour nous… C’est dans son moment de plus grande faiblesse sur la Croix, que Jésus a racheté le monde. Trop souvent, nous et nos Eglises voulons être des disciples sans la Croix, nous voulons évangéliser sans le coût de la vie de disciple! »

 

* Pasteur de l’Eglise réformée du Canton de Vaud, Martin Hoegger est co-président de l’assemblée du R3. Il exerce son ministère dans la communauté de Saint Loup et collabore au projet « Jésus Célébration 2033 ». Il voue aussi une partie de son temps à l’accompagnement spirituel d’artistes.

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Témoins du Christ sur sept continents

Embrasser la Croix pour se transformer!

2 avis sur « Embrasser la Croix pour se transformer! »

  • 20 mars 2018 à 9 h 23 min
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    Merci, Martin, de répercuter ces témoignages ainsi que l’évolution du magnifique projet Jésus Célébration 2033!

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  • 20 mars 2018 à 11 h 00 min
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    Merci beaucoup, Martin, pour cette magnifique méditation que je veux vivre au jour le jour, en union avec tous ceux qui en donnent un témoignage si fort!

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