Par Martin Hoegger, président de l’Assemblée du R3

Saint Loup, 6 février 2024

Cette assemblée est la dernière que je préside, après 10 ans de service, depuis la naissance de notre association jusqu’à ce jour où je passe le flambeau à Cyril Ansermet. Je le remercie ainsi que Steve Tanner, le secrétaire de l’Assemblée, tout comme le comité du R3.

Cela a été une joie d’être avec vous dans cette petite vigne que le Seigneur nous a confiés : le renouveau spirituel de nos Églises réformées en Suisse romande que nous aimons et voulons servir. Je continuerai modestement à œuvrer dans cette vigne en prenant la responsabilité de la communication par internet de notre association.

A cette occasion, je ne voudrais pas faire un bilan, mais plutôt regarder vers l’avenir. A commencer par l’année 2025, où les 1700 ans du Concile de Nicée seront commémorés. Au-delà de 2025, vers 2033, le grand Jubilé des 2000 ans de la résurrection du Christ.

Comme vous le savez, sans doute, jeudi prochain aura lieu un séminaire en ligne international et interconfessionnel sur le Concile de Nicée, où j’apporterai une contribution en tant que chargé de cours en œcuménisme à la Haute École de théologie.

Le « Manifeste bleu » du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3) commence par citer les deux symboles de la foi : « En réponse au « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir : le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople ».[1]

Quelle est l’actualité de ce symbole de Nicée-Constantinople ? Voici une question cruciale qui se pose aux Églises réformées qui, dans leur grand pluralisme, le relativisent.

Dès le début, l’identité de Jésus a été un « signe de contradiction ». La question de Jésus « qui dites-vous que je suis » est posée à toutes les générations (Mat 16,15).

Le concile de Nicée a tenté de répondre à cette question de Jésus sur son identité en affirmant fortement et de manière non équivoque, sa divinité, à une époque où elle était niée, à des degrés divers.

Cette confession – contestée dès le début – est « articulus stantis et cadentis ecclesiae » – l’article par lequel l’Église tient ou tombe. Une Église sans le Dieu devenu Homme, mort et réellement ressuscité ne tiendra pas, s’il n’est pas au cœur de son identité.

Au temps de la Réforme du 16e siècle, les réformateurs ont confessé de manière unanime la foi définie à Nicée, la considérant comme une interprétation fidèle des Écritures. Ils ont reconnu que les Pères de Nicée ont préservé le kérygme et se sont compris dans une continuité fidèle. Le dogme christologique défini à Nicée est pour eux le contexte normatif et permanent pour l’explication de la foi chrétienne.

Mais à partir du siècle des Lumières, le statut normatif des confessions de foi est mis en cause dans plusieurs Églises réformées. On conteste aux confessions leur prétention à « régler la foi » dans l’enseignement de l’Église, tant les confessions de foi des Églises réformées que celles de Nicée-Constantinople et d’autres confessions de l’Église ancienne.

Par la suite, un grand nombre de théologiens réformés ont rejeté le dogme nicéen. Et les Églises réformées ont cesser d’exiger l’adhésion à ce symbole pour la consécration au ministère et la célébration du baptême. Avec comme conséquence qu’il devenait possible d’exercer le ministère sans confesser la divinité du Christ.

Ces dernières années, la part d’un modernisme extrême a grandi – et plus encore, peut-être la tolérance, voire la bienveillance, qu’on a pour lui. C’est un fait acquis dans les synodes des Églises réformées en Suisse de lui offrir une large plateforme.

Toutefois, malgré cette évolution libérale, le courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur, dans les Églises réformées en Suisse et dans d’autres pays de l’hémisphère nord, bien qu’il soit aujourd’hui minoritaire. Le R3 en témoigne.

Alors quel est le sens, pour nous, du Jubilé des 1700 ans du Concile de Nicée ?

La repentance est une composante essentielle de la tradition des jubilés. Dans l’Ancien Testament l’année jubilaire commence et se termine en au jour du Grand Pardon (Lév. 25,8s).

J’espère que le Jubilé des 1700 ans de Nicée en 2025 sera l’occasion pour les Églises réformées de commencer à se repentir du contre-témoignage de leur pluralisme exacerbé. La tolérance à l’égard de la négation – ou de sa compréhension symbolique – de la divinité du Christ dans l’Église détruit le fondement de l’unité chrétienne.

Une repentance à vivre dans l’esprit de « l’œcuménisme réceptif », comme le dit Paul Murray : « à partir de l’accueil humble, lucide et bienveillant de ses propres limites, de ses blessures, de ses déchirures et de ses résistances, chaque tradition pourra aller à la rencontre de l’autre en se demandant comment cet autre peut l’enrichir, la « réparer » et même la guérir ».[2]

Et cette repentance ne peut être que l’œuvre de l’Esprit saint qui ouvre nos cœurs et y verse son témoignage qui seul peut nous convaincre de la véritable identité de Jésus. C’est pourquoi l’année 2025 sera une année de l’Esprit saint, à invoquer comme jamais. (1 Jean 5, 6-7).

Qui sait ce que Dieu pourrait nous accorder si nous prions, cherchons humblement sa face et nous détournons de plus de deux siècles de compromis théologiques ? (cf 2 Chron 7,14)

Cependant, ce qu’il nous faut aussi voir est que cela n’est pas seulement l’affaire de théologiens et de pasteurs réformés, mais de tout disciple de Jésus-Christ et de toutes les Églises. Tous nous avons à nous demander si la question de Jésus nous concerne : « Quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8).

D’où la nécessité pour toutes et tous de vivre une dimension pénitentielle en 2025… dans le pèlerinage vers 2033, le grand jubilé des 2000 ans de la Résurrection du Christ.  


[1] « Le Manifeste bleu, » p. 11s https://www.ler3.ch/manifeste/  Le R3 est le partenaire réformé de la Haute École de théologie de Suisse romande où j’enseigne la théologie œcuménique.

[2] Citation de Paul Murray, grand promoteur de cette féconde démarche œcuménique. Voir Introduction à l’œcuménisme réceptif (Receptive Ecumenism). Lumen Vitae 2022/4 (Volume LXXVII), p 371.

Le Rassemblement pour un Renouveau Réformé et le crédo de Nicée-Constantinople

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