Prédication de Gérard Pella

 

Noël à Bethlehem

 

Philippe a reçu un super aquarium pour Noël.

Un aquarium d’eau salée avec de magnifiques poissons de mer.

Il a dû apprendre à les soigner comme un véritable petit chimiste… pour surveiller les niveaux de nitrate et d’ammoniaque.

Il a appris à filtrer l’eau régulièrement à travers des fibres de verre et du charbon de bois.

Il a soigneusement exposé ses poissons à la lumière ultraviolette.

Il leur a donné des vitamines, des antibiotiques, des sulfamides et des enzymes…

Et pourtant, chaque fois que son ombre se penchait sur l’aquarium, les poissons prenaient la fuite pour aller se cacher sous le coquillage le plus proche.

Il avait beau soulever le couvercle à heures régulières, trois fois par jour, pour saupoudrer leur nourriture, ils ont continué à avoir peur de lui comme si son seul désir était de leur faire du mal.

Ils n’ont pas compris tout ce que Philippe faisait pour eux.

Ils n’ont pas pu le voir autrement que comme un géant qui les menace…

Pour leur faire comprendre ses intentions,

Pour se faire connaître vraiment,

Philippe aurait dû devenir un poisson…

Parce qu’un poisson ne peut pas comprendre un humain[1].

 

Un géant qui nous menace…

N’est-ce pas ainsi que les humains voient Dieu ?

Souvent, trop souvent…

 

« N’ayez pas peur ! »

C’est la première parole de l’ange aux bergers.

N’ayez pas peur de Dieu…

Il n’est pas une menace.

Il est…  comment dire ? Il est une lumière, une présence, une source, un sauveur.

 

« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle…

qui sera une grande joie pour tout le peuple, dit l’ange.

Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »

Le Seigneur qui s’est fait tout petit.

Dans cet enfant, c’est Dieu lui-même qui vient nous rejoindre,

Nous consoler,

Nous révéler son vrai visage.

 

« Il est venu sur nos chemins

Illuminer nos lendemains, dit le poète.

Il est venu comme un voisin

Donner l’amour au creux des mains. »[2]

 

Ceci n’est pas un conte de fées pour distraire les enfants ou faire rêver les parents.

Cette présence du Christ Seigneur nous est donnée à nous aussi aujourd’hui.

Pas comme un morceau de chocolat, qu’on n’aurait qu’à déballer et consommer.

C’est plus subtil,

Plus profond,

Plus durable aussi !

Comment recevoir le Christ aujourd’hui ?

 

Je vais tenter de répondre de manière indirecte.

Si je répondais directement, cela ressemblerait à une recette et cela vous ennuierait…

 

Il y a de nombreuses années que je prêche la Bonne Nouvelle de Noël comme pasteur.

Mais cette année, pour la première fois de ma vie, je reviens de Bethlehem !

J’y étais en effet, il y a quelques semaines, avec un groupe de pasteurs et diacres de Suisse romande.

Permettez-moi de vous donner quelques impressions de cette visite.

D’abord j’ai été frappé que Bethlehem se souvienne toujours de cette naissance de Jésus malgré des siècles de domination romaine, puis arabe, puis croisée, puis ottomane, puis britannique, puis israélienne.

 

Nous avons pris le bus de Jérusalem à Bethlehem.

Environ une demi-heure de trajet jusqu’au mur.

Là, terminus, tout le monde descend, pour passer à pied le check-point qui permet de traverser le mur.

Un contrôle serré et impersonnel parce que les soldats sont protégés derrière des vitres teintées et nous parlent par haut-parleur.

Il s’agit d’un passage dans le mur gigantesque qui sépare Bethlehem de Jérusalem,

Le mur qui est censé protéger Israël des Palestiniens.

 

Ce mur me semble être le symbole de notre nature humaine dans ce qu’elle a de plus dur :

La séparation,

la haine,

la violence,

l’humiliation des autres parce que nous avons peur d’eux.

Il faut traverser le mur de la haine et de la peur pour aller à Bethlehem.

C’est peut-être un premier élément de réponse.

 

Parvenus de l’autre côté du mur, nous avons marché une demi-heure environ jusqu’à la basilique de la nativité.

Pendant ce trajet, c’est la nature humaine dans ce qu’elle a de plus fragile et vulnérable que nous avons rencontré.

De nombreux signes de délabrement et de misère :

Les voitures qui dégagent une horrible odeur parce qu’elles sont vétustes et n’ont pas de catalyseur.

Les containers en piteux état.

Les marchands qui nous supplient d’acheter quelque chose parce que les touristes ne viennent plus à cause de la guerre.

Les enfants qui ne vont plus à l’école parce que les maîtres ne reçoivent plus de salaire depuis des mois. Alors ils viennent mendier…

 

Quel rapport tout cela peut-il avoir avec Jésus ?

« Il est venu sur nos chemins, dit le poète,

Porter la croix de nos douleurs.

Il est venu comme un voisin

Manger le pain de nos labeurs.

 

Il est venu dans notre nuit

Lumière qui danse sous nos pas.

Il est venu dans notre nuit

Dresser l’aurore sur nos croix. »

 

A Bethlehem, Il est venu dans notre condition humaine,

avec ses duretés et ses fragilités,

et il a choisi d’être avec nous tous les jours,

jusqu’à la fin des temps.

 

Revenons à notre récit :

Pour entrer dans la basilique de la nativité, j’ai dû me baisser…

Pour la première fois de ma vie, la porte d’une église était plus petite que moi.

On m’a expliqué que cette église avait autrefois une grande porte, comme notre église ici à St-Martin, mais que les occupants la profanaient en y entrant en armes sur leurs chevaux.

N’est-ce pas tout un symbole… ?

 

Pour aller vers le Christ,

Descendre de nos chevaux…

Quitter nos armes…

Et plier le genou devant Celui qui s’est abaissé jusqu’à nous.

 

1 D’après Philip Yancey, Ce Jésus que je ne connaissais pas, Editions Farel, 2001, p. 35.

[2] Y.Gardette, dans Psaumes et cantiques no 439.

Noël à Bethlehem
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