Espérer pour notre Eglise

 

« Espérer pour notre Eglise », tel est le thème de cette journée. J’en déduis que vous êtes venus à ce deuxième Forum des Attestants pour nourrir votre espérance. Alors quoi de mieux qu’une pêche miraculeuse pour nourrir l’espérance ?

 

1Or, un jour, la foule se serrait contre lui à l’écoute de la parole de Dieu ; il se tenait au bord du lac de Gennésareth. 

2Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs qui en étaient descendus lavaient leurs filets. 

3Il monta dans l’une des barques, qui appartenait à Simon, et demanda à celui-ci de quitter le rivage et d’avancer un peu ; puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. 

4Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour attraper du poisson. » 

5Simon répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » 

6Ils le firent et capturèrent une grande quantité de poissons ; leurs filets se déchiraient. 

7Ils firent signe à leurs camarades de l’autre barque de venir les aider ; ceux-ci vinrent et ils remplirent les deux barques au point qu’elles enfonçaient. 

8A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un coupable. » 

9C’est que l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pris ; 

10de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu auras à capturer. » 

11Ramenant alors les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.

Luc 5, 1-11, TOB.

 

Commençons par un brin d’imagination : vous parvenez à les imaginer, ces pêcheurs fatigués ? Toute une nuit au boulot sans rien prendre… J’imagine leurs réactions avant l’arrivée de Jésus :

* Certains se posent sérieusement la question d’arrêter la pêche : ils sont désabusés.

« On pourrait organiser des croisières, des thés-dansants ou des mariages sur nos barques… On pourrait créer une amicale des pêcheurs, rester entre nous à papoter plutôt que de s’éreinter pour trois fois rien… »

** D’autres sont plus combattifs : ils veulent continuer à pêcher et ils recherchent d’autres approches.

« Les conditions ont tellement changé qu’il faut s’adapter, changer de bateau, moderniser les filets, sortir de jour comme de nuit… »

*** « Pas du tout ! » disent les troisièmes. « Il faut simplement tenir bon. Cela fait des siècles qu’on pêche ainsi ; il n’y a pas de raison de changer. C’est juste un mauvais moment à traverser. »

 

Désabusés… activistes… ou conservateurs… je ne vois pas beaucoup d’espérance dans ces trois attitudes. Je me tourne alors résolument vers l’Evangile.

 

Verset 3 : Jésus monta dans l’une des barques, qui appartenait à Simon, et demanda à celui-ci de quitter le rivage et d’avancer un peu ; puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. 

Jésus veut se servir de notre petite barque pour enseigner les foules. C’est génial ! C’est le socle de notre espérance pour l’Eglise : le choix de Jésus.

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jean 15,16).

C’est le choix de Jésus qui donne sens à toute notre action : il veut parler aux foules à partir de nos barques.

 

Le choix de Jésus est notre première raison d’espérer.

La deuxième, c’est la présence de Jésus dans la barque.

Là encore, c’est génial !

C’est tellement beau, tellement simple… tellement banal, diront certains :

« Jésus est dans la barque de l’Eglise depuis toujours. Ce n’est pas très original… »

 

Qu’en pensez-vous ?

Est-ce que Jésus est toujours dans la barque ?

Est-ce que Jésus est toujours accueilli – vraiment ?

Vous allez peut-être me trouver trop piétiste : combien vivons-nous de rencontres et de réunions sans qu’on prenne le temps d’accueillir Jésus ?

C’est à une Eglise que Jésus dit : « Je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap 3,20). Comment se fait-il que Jésus puisse être derrière la porte d’une Eglise, c’est-à-dire dehors – hors de la barque, dans notre métaphore ?

Frères et sœurs, ne prenons jamais la présence de Jésus pour acquise.

Désirons. Accueillons. Célébrons comme une grâce magnifique la présence de Jésus.

 

Le choix de Jésus.

La présence de Jésus.

La parole de Jésus est notre troisième raison d’espérer.

 

Fin du verset 3 : de la barque, il enseignait les foules. 

Verset 4 : Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour attraper du poisson. » 

J’entends là deux types de paroles : Quand il eut fini de parler, sous-entendu : à la foule, il dit à Simon.

Il y a la parole adressée à tous, la Parole de Dieu, nous dit Luc au début de ce récit (v.1) et il y a la parole adressée à Simon, un appel spécifique : Avance en eau profonde !

 

Ces deux types de paroles de Jésus me semblent essentiels pour nourrir notre espérance. Tous, nous pouvons savourer l’Evangile, respecter la Parole de Dieu, transmettre son message avec joie, confiance, espérance. Ce n’est pas à vous, les Attestants, qu’il faut rappeler l’importance du Sola Scriptura et la nécessité d’enraciner notre théologie, notre spiritualité et notre action dans les Ecritures.

Jésus nous parle par la Bible, oui ! Jésus parle aussi, parfois, de manière très spécifique, à l’un ou l’autre de ses serviteurs :

« Avance en eau profonde… » même si l’eau profonde n’est pas rassurante pour un fils d’Israël, même si Pierre a déjà essayé toute la nuit sans rien prendre. La parole de Jésus vient ouvrir un nouveau chemin et permettre une pêche inespérée.

J’insiste aujourd’hui sur cet appel spécifique de Jésus parce qu’il nous libère de deux impasses :

– le mimétisme d’abord : qui de vous n’a pas essayé de reproduire dans sa paroisse ce qui a bien marché en Corée, en Amérique ou en Angleterre ?

En général, ça ne marche pas ! Pas chez moi, en tout cas ! Ce que Jésus a donné à Simon n’est pas forcément transmissible à tous les bateaux de pêche…

– l’appel spécifique de Jésus nous libère aussi du conservatisme : « on a toujours fait comme ça… » Oui ! Mais Jésus peut inspirer une nouvelle façon de faire. Et c’est fantastique de voir les fruits que peut porter un appel de Jésus quand il est mis en œuvre par un-e de ses disciples. Il y a là une espérance fantastique pour l’Eglise ; quand Jésus parle et que quelqu’un s’avance en territoire inconnu.

 

Il y a des exemples célèbres comme Martin Luther King ou Mère Teresa.

D’autres un peu moins célèbres

comme Enzo Bianchi et la communauté de Bose au nord de l’Italie,

comme Jossy Chacko et la création de milliers de petites Eglises au nord de l’Inde.

D’après le livre « Car Dieu a tant aimé les musulmans », on assiste en ce moment à des conversions bouleversantes parmi les musulmans en Afrique et en Asie. Une pêche véritablement miraculeuse !

 

Tout près de nous, je vois des signes d’espérance dans des paroisses comme Le Marais, La Vallée-de-Joux ou Corsier-Corseaux mais il y en a certainement beaucoup d’autres que je ne connais pas.

Je vois également un signe d’espérance dans la création d’une Haute-Ecole de Théologie en Suisse romande.

Oui, la parole de Jésus peut vraiment susciter du neuf aujourd’hui encore.

 

Est-ce que Jésus peut aussi, par son Esprit, faire quelque chose pour nos anciennes Eglises ?

 

Pour exprimer mon espérance, je vous ai apporté ces deux morceaux de bois.

Depuis avril 2016, nous habitons, Damaris et moi, à 800 mètres d’altitude, dans une maison qui se chauffe au bois. Ces dernières semaines, la température est descendue jusqu’à 11 degrés en dessous de zéro. Vous imaginez l’importance du feu !

Le problème avec le feu de bois, c’est qu’il suffit de s’absenter quelques heures pour qu’il s’éteigne. Quand je rentre, je me retrouve devant un tas de cendres. Mais il suffit de quelques braises sous la cendre – et d’un souffle généreux quand j’ouvre tout grand le tirage – pour que le feu se communique aux nouvelles bûches.

Nos paroisses ressemblent parfois à un feu éteint mais, sous la cendre, il suffirait… il suffira… de quelques braises ardentes pour que le Souffle du Seigneur puisse ranimer le feu.

Serez-vous l’une de ces braises ? Ardentes malgré l’attente…

« Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8).

Gérard Pella, Attalens,

pour le Forum des Attestants, à Paris le 28 janvier 2017.

 

 

 

Espérer pour notre Eglise: prédication de Gérard Pella au congrès des Attestants
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