Que vous alliez à Sydney, Johannesburg, Séoul, Rio de Janeiro, Kinshasa ou…Lausanne, chaque fois que vous voyez une croix sur un bâtiment vous pouvez être sûrs que c’est un lieu de culte chrétien. Ce bâtiment peut être une magnifique cathédrale gothique, un monastère byzantin ou une simple salle dans un faubourg populaire, mais vous savez que des chrétiens se réunissent là. Ces fidèles peuvent être catholiques, réformés, orthodoxes, baptistes, coptes ou pentecôtistes, ils peuvent parler allemand, coréen, lingala, suédois ou russe, mais la croix est ce qui les identifie et les rassemble. Oui, malgré leurs différences, leurs particularités, leurs divisions et – hélas ! – leurs conflits, toutes les Eglises reconnaissent la croix comme le signe caractéristique du christianisme.

Pourtant, à première vue, cette constatation est étonnante et même choquante. La croix était un instrument de torture et un signe de honte et d’infamie au 1er siècle de notre ère. Les Romains ne pouvaient oublier ce qui s’était passé en l’an 71 avant Jésus-Christ lors de la révolte de Spartacus qui avait  fait trembler Rome et où l’on avait crucifié 6000 esclaves. Quant aux Juifs et aux premiers chrétiens ils avaient encore en mémoire  les horreurs de la prise de Jérusalem en l’an 70 où le futur empereur Titus  avait fait crucifier tellement de gens que l’historien Flavius Josèphe a pu écrire : à peine pouvait-on suffire à faire des croix et trouver de la place pour les planter. Pourquoi donc choisir la croix comme emblème pour l’Evangile qui est un message de paix, d’amour, de pardon et d’unité ? Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul dit aux Corinthiens que la croix est une folie pour les païens et un scandale pour les Juifs (1 Cor.1.23). Et on peut le comprendre : Que diriez-vous, Mesdames, d’arborer autour du cou un bijou en or, représentant une guillotine ou une potence ? Or la Croix était l’équivalent de cela au premier siècle. Et même bien pire encore !

Mais l’Eglise a très vite compris que dans ce drame de la Croix – car la Croix est réellement un drame –  réside le cœur et le centre de l’Evangile. Et que ce drame est aussi une Bonne Nouvelle et une victoire car c’est là que nous pouvons comprendre qui est Dieu en vérité,  pourquoi Jésus est venu sur la terre et pourquoi nous avons besoin de lui. C’est là aussi que nous pouvons comprendre qui nous sommes en réalité.

La Croix nous révèle d’abord que Dieu est amour et que nous sommes vraiment aimés de lui.  Même, comme dit l’apôtre Paul aux Ephésiens, aimés d’un amour qui surpasse toute connaissance (Eph.3.19). Comme Jésus lui-même l’a dit à ses disciples : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). Cet amour a bouleversé l’apôtre et a changé sa vie. Il sait que ce n’est pas un amour théorique et vague, mais un amour personnel et précis. Il le dit aux Galates : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi (Gal.2.20).

Le Fils de Dieu m’a aimé. Paul sait qu’il a été un homme violent, qu’il a persécuté les premiers chrétiens et qu’il a du sang sur les mains. Il sait aussi qu’il a un caractère bien trempé et qu’il lui arrive de se disputer même avec ses meilleurs amis comme Barnabas. Il est même tellement convaincu d’être un homme pécheur qu’il s’estime être le premier d’entre eux ! (1 Tim.1.13). Et voici qu’il découvre que le Fils de Dieu, qu’il a blasphémé et contre lequel il a combattu de toutes ses forces, l’aime lui, tel qu’il est !

Cette première découverte bouleversante est suivie d’une seconde qui l’est encore davantage : le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même. Il a accepté la pire des humiliations et la plus grande des malédictions. Il ne s’est pas contenté de quitter la gloire du ciel pour s’incarner dans une chair semblable à la nôtre – ce qui déjà était une incroyable preuve d’amour –  mais il a été jusqu’à accepter la mort. Librement. Il le dit : personne ne m’ôte la vie, je la donne de moi-même (Jean 10.18). Et quelle mort ! La plus infamante de toutes : celle de la croix.

Enfin l’émerveillement de l’apôtre est à son comble quand il réalise qu’il est, lui, l’objet de cet amour : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi.  Paul comprend que même s’il avait été seul au monde ou seul pécheur au milieu d’une humanité innocente, Jésus serait venu pour lui et la croix aurait été dressée pour son salut, car Dieu veut  qu’aucune brebis ne se perde. 

Mais ce n’est pas seulement pour l’apôtre Paul que cette parole est vraie, elle l’est pour chacun de nous. Comme le dit l’épître aux Romains : Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous (Rom.5.8). Pour chacun de nous. Qui que nous soyons. Quoi que nous ayons fait. Quel que soit notre passé. Y a-t-il une catégorie d’hommes ou de femmes dont Dieu dise :  « Pour eux ça ne vaut pas la peine d’envoyer mon Fils » ? Y a-t-il des personnes à qui Jésus dirait :     « Je ne suis pas monté  sur la croix pour vous » ? Non, bien au contraire, et nous le savons bien, Jésus appelle chacun : Venez à moi, vous tous…

Quand nous comprenons cela, nous comprenons aussi quelle est notre valeur aux yeux de Dieu. Vous voulez savoir quelle est votre valeur aux yeux de Dieu ? Ecoutez l’apôtre Pierre : Vous avez été rachetés, non par de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ (1 Pi.2.19). C’est ce que l’histoire des deux billets racontés tout à l’heure voulait faire comprendre : Même si nous avons l’impression d’être comme un vieux billet, tout froissé, tout fripé ou tout sale, nous avons une valeur inestimable aux yeux de Dieu. Une valeur telle qu’il n’a pas hésité à envoyer son Fils bien-aimé mourir, pour nous. Quel amour, mon Dieu quel amour ! Y en a-t-il jamais eu de plus grand ?

Mais la croix nous fait également comprendre, et tout aussi fortement, que Dieu est un Dieu saint. Et même trois fois saint comme dit l’Ecriture. Le péché et le mal lui sont insupportables, ils ne peuvent trouver place en sa présence : ses yeux sont trop purs pour voir le mal, dit le prophète Habaquq (1.13). La bonté de Dieu ne fait pas de lui un être indulgent et bonasse comme ces parents faibles qui laissent tout faire à leurs enfants sans jamais les reprendre. Pauvres parents que ceux-là. Et pauvres enfants aussi car c’est le plus sûr moyen d’en faire des enfants frustrés, malheureux et parfois délinquants. Non, Dieu n’est pas ce « bon dieu », indifférent au mal et qu’on peut manipuler à sa guise. Il n’est pas ce dieu dont Voltaire disait : « Il pardonne, c’est son métier ». Oui, il pardonne, mais le mal, mais le péché doit être expié, car Dieu est saint. Et c’est cela aussi que révèle la croix. On parle beaucoup de l’amour de Dieu aujourd’hui, mais parle-t-on encore de sa sainteté ? Parler de l’amour de Dieu sans parler aussi de sa sainteté, ce n’est pas parler du Dieu de la Bible. L’Ecriture mentionne sa sainteté quasiment aussi souvent que son amour. Et c’est, je pense, une des raisons de la faiblesse de nos Eglises en Occident que de parler de l’amour de Dieu sans parler de sa sainteté.

Dans la Bible, l’amour de Dieu est toujours indissolublement lié à sa sainteté. Saint, saint, saint est le Seigneur, disent les séraphins qui se tiennent au-dessus du trône de Dieu. Devant cette révélation, le prophète Esaïe ne peut que s’écrier : Malheur à moi, je suis perdu car je suis un homme dont les lèvres sont impures (Esaïe 6.5).  Esaïe se rend compte que devant cette sainteté il ne peut subsister tel qu’il est. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts pour s’améliorer, il reste un pécheur. Tout prophète qu’il est, il a besoin d’un Sauveur. Et c’est ce qu’il entrevoit et même ce qu’il prophétise dans le fameux chapitre 53 que nous avons lu tout à l’heure et qui est une annonce de l’œuvre de Jésus à la croix. : Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris, que nous sommes sauvés (Esaïe 53.5).

Oui, quelle admirable prophétie de la croix, d’autant plus admirable qu’elle a été donnée plusieurs centaines d’années avant la venue de Jésus. Car  que s’est-il passé à  Golgotha ? L’apôtre Pierre le dit : Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pi.2.24). Encore une fois Dieu est saint. Ses yeux sont trop purs pour voir le mal. Son Royaume n’est pas un moulin dans lequel on entre n’importe comment. Dans une de ses paraboles dites précisément du Royaume, Jésus précise bien que nul  ne peut entrer dans la salle des noces avec un habit souillé (Mat.22.11). Or, comme le dit encore Esaïe : toute notre justice est comme un vêtement souillé (Es.64.5). Comment avoir un vêtement propre, un vêtement lavé, un vêtement neuf qui nous permette d’entrer dans la salle des noces ? Oui, comment être lavé de nos souillures, pardonné de notre péché ? Qui sera assez juste pour satisfaire la justice et la sainteté de Dieu ? Il n’y a pas de juste, pas même un seul rappelle l’apôtre Paul en citant les Psaumes 14 et 53. Comme le dit un théologien anglais : « Le pardon est pour l’homme le plus impérieux des devoirs et pour Dieu le plus crucial des problèmes ». Et Dieu résout ce problème en prenant sur lui, en Jésus-Christ, le seul juste, le poids et la conséquence de nos fautes.

 « La croix est le seul endroit où le Dieu d’amour, de miséricorde et de compassion se révèle de telle manière que sa sainteté et son amour nous apparaissent tous deux comme également infinis » souligne John Stott.

A la croix il y a eu un échange : Jésus, le seul juste, prend sur lui notre vêtement souillé et il nous donne Sa justice. C’est ce que les théologiens appellent la mort substitutive de Jésus. Il prend notre place et nous donne la sienne. Martin Luther l’a bien compris quand il dit cette parole souvent citée : « Jésus, tu es ma justice et je suis ton péché ». 

C’est le cœur du message de la Réforme. Ma justice ne vient pas de moi-même, de mes efforts, de mes œuvres, car tout cela n’est qu’un vêtement souillé. Elle vient de Jésus, le seul juste, qui sur la croix a pris mon péché et m’a donné Sa justice. Comme le dit le refrain de ce merveilleux cantique  « Torrents d’amour et de grâce » : Couvert par ta justice, j’entrerai dans le saint lieu.

Au chapitre 7 de l’Apocalypse l’apôtre Jean raconte la vision qu’il a eu du Royaume de Dieu : Il voit une grande foule de toute nation revêtus de robes blanches.  Et il entend une voix  qui lui dit : ce sont ceux qui ont lavé leurs robes et les ont lavées dans le sang de l’Agneau. C’est, bien sûr, un rappel de Golgotha. Un peu plus loin, au chapitre 22 – et c’est la conclusion du livre, et même de toute la Bible – il nous est dit : Heureux ceux qui lavent leurs robes afin d’avoir part à l’arbre de Vie (Ap. 22. 14). C’est la dernière béatitude de la Bible. Il y en a beaucoup de béatitudes dans la Bible, tant dans l’A.T. que dans le N.T., et celle-là en est l’apogée et les résume toutes. Oui, grâce à la croix de Jésus où il prend mes fautes et me donne son pardon et sa justice j’ai accès à la salle des noces du Royaume de Dieu. C’est cela la Croix, elle transforme le drame en Victoire.

Quand Saul de Tarse a compris cette vérité, ça a tellement changé sa vie que désormais ce fut le cœur de son message partout où il est allé : Quand je suis allé chez vous, dit-il aux Corinthiens, je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Cor. 2.2). Et il conclut son épître aux Galates par cette déclaration : loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ (Gal.6.14).

N’est-ce pas ce message-là que nous avons encore à annoncer aujourd’hui ? Tant de gens se sentent mal dans leur peau, tant de gens souffrent de problèmes d’identité et se sentent seuls, incompris, inutiles, semblables à un billet tout froissé, comme on le disait tout-à-l’heure. La croix vient leur dire : Mais non ! Tu as de la valeur. Tellement de valeur que Jésus est venu pour toi aussi. A la croix cet échange est aussi pour toi. Il prend ta misère, tes complexes, tes fautes et il te donne sa justice. Accueille-le.

Alors, toi aussi tu peux dire : couvert par ta justice j’entrerai dans le saint lieu.

Amen

Textes bibliques :  Esaïe 53. 1-7 ; 1 Cor. 2.1-5 ; 1 Pi.2. 22-25.

 

L’importance de la Croix exprimée par Philippe Decorvet
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