Prédication d’Olivier Bader.

Nous aspirons à la paix, mais… Nous aspirons tous à vivre en paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu.

Il y a des exceptions pathologiques : des personnes qui sont psychologiquement construites de sorte qu’elles recherchent le conflit et qu’elles vivent du conflit…

Ce matin, en traitant du dialogue, c’est surtout de la relation aux autres que j’aimerais parler. 

Mais on pourrait parler de notre relation à nous-mêmes ou à Dieu… Les choses sont liées. Si je ne suis pas en paix avec moi-même, irritable, blessé, sous tension… je serai plus exposé au conflit. Soit, parce que je suis plus vulnérable, soit parce que je deviens déclencheur de conflits…

Et si je suis en froid avec Dieu, comment recevoir cette paix intérieure qui donne des forces, qui permet le pardon ?

Nous aspirons tous à la paix, mais nous peinons à vivre harmonieusement avec les autres. C’est une donnée élémentaire de notre humanité.

Paul : « 19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais. 20 Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi.» Rm 7,19-20

Dans mon ministère, je suis attristé de voir comment les conflits se développent si facilement dans nos relations familiales, professionnelles, et aussi en Eglise !

Ce matin, je ne ferai pas un cours sur les conflits, leurs causes, leurs mécanismes, et moyens de résolution… Je veux simplement parler brièvement de l’origine des conflits et de nos réactions spontanées.

Mais je développerai surtout les appels au dialogue lancés par Jésus et par l’apôtre Paul.

La naissance des conflits

Nous venons de poser ce constat : les conflits ou les situations tendues font partie de la vie quotidienne. 

Ils sont ordinaires, car ils sont liés à nos personnes, à notre manière de communiquer, à notre capacité d’écouter et de comprendre ; ils sont aussi tout simplement liés aux circonstances…

Au départ, il s’agit souvent d’un quiproquo, d’une mésentente, d’intérêts divergents, d’un incident…

Malheureusement, nous avons l’art de transformer des situations insignifiantes en conflits qui peuvent être destructeurs et pleins d’injustice… 

 Pourquoi cette escalade ? Pourquoi une simple « peccadille » devient un « péché » ? Parce que c’est la même racine, même racine latine, et même racine humaine…

La peccadille vient effectivement de peccare, la racine du mot péché. Un peccadillo en espagnol c’est un petit péché…

De même, un petit problème, une mésentente, peut susciter un gros conflit, une crise… 

 

Comment cela se fait-il ?
L’apôtre Paul nous donne une piste de compréhension. Quand Paul dénonce l’usage des tribunaux par les chrétiens, il dit ceci :

« 7 En tout cas, pour vous, c’est déjà un échec d’avoir des procès entre vous ! Pourquoi est-ce que vous ne préférez pas supporter l’injustice ? Pourquoi est-ce que vous ne laissez pas plutôt les autres vous voler/dépouiller? 8 Au contraire, c’est vous qui êtes injustes, c’est vous qui volez/dépouillez les autres ! Et ces autres sont vos frères et sœurs chrétiens ! » 1Co 6 

– Nous ne supportons pas l’injustice…

– Nous ne supportons pas d’être dépouillés.

– Nous tenons à faire valoir nos droits.

– Nous sommes prompt-e-s à défendre nos biens, notre propriété et nos intérêts… 

Ce sont des réflexes de défense, de survie des plus humains, primaires.

C’est une attitude habillée du vêtement bien noble de la justice… « J’ai droit à…, je suis chez moi…, je suis dans mon bon droit »

Cette attitude défensive est perverse :

  • Elle nous aveugle, elle nous centre sur nous-mêmes et ne nous permet pas de considérer l’autre dans son besoin, ses intérêts, voire sa souffrance… On devient très vite intolérant quand on est concerné.
  • Cette attitude nous pousse à nous donner les moyens de défendre nos droits et nous entraîne à nous référer à la loi, au détriment du dialogue. Si mon vis-à-vis est lui aussi convaincu d’être dans son bon droit, cela peut nous conduire devant les tribunaux…

La loi n’est pas mauvaise en soi. Mais elle est aussi dure et froide qu’une pierre tombale.

Nous, êtres humains, sommes sensibles, avec un cœur et ses émotions…

L’apôtre Paul parle précisément d’une émotion que l’on éprouve dans un conflit :

1)Ephésiens 4,25-26 : A l’écoute de soi

25 Alors ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain, parce que tous ensemble, nous faisons partie d’un même corps. 26 Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 

  • Dire la vérité, car nous formons un corps (l’Eglise, mais l’humanité est aussi un corps). Dire la vérité, c’est vivre dans des rapports transparents, c’est prévenir les conflits.
  • La colère est l’expression d’un mal être, d’une frustration, d’une injustice, d’une blessure… La colère n’est pas dénoncée comme un mal. C’est un sentiment légitime et même sain, comme un signal d’alarme… 
  • Cependant, la colère peut donner naissance à la violence, donc au péché…  D’où cet appel solennel à la maîtrise de soi !
  • Il y a même une limite temporelle. Gérer les conflits sans délai ! Ne les laissons pas dégénérer ou s’éterniser. On se sent tellement mieux, quand les choses sont dites et réglées…

La résolution des conflits commence par une écoute de soi, des sentiments qui révèlent un mal être, donc un problème. Je sens de la colère, de la tristesse, de la peur,… attention, c’est un signal d’alarme !

La question n’est vraiment pas de savoir si je suis la victime ou l’auteur, et quelle est ma part de responsabilité : 100%, 50%, 10%, peu importe ! Ce n’est pas la question ! Il y a un problème qui menace la relation entre toi et moi. C’est cela qui compte ! 

Il faut y être attentif et ne pas laisser les sentiments nous aveugler au point de passer à la violence ou d’aller en justice…

2) Matthieu 5,23-24 : Faire le premier pas

Le second texte nous lance un autre appel, complémentaire.

23 « Supposons ceci : tu viens présenter ton offrande à Dieu sur l’autel. À ce moment-là, tu te souviens que ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi. 24 Alors, laisse ton offrande à cet endroit, devant l’autel. Et va d’abord faire la paix avec ton frère ou ta sœur. Ensuite, reviens et présente ton offrande à Dieu. 

  • Jésus s’adresse à un croyant dans l’exercice de sa foi, qui va rendre un culte. Le lien est clairement posé : un conflit avec un frère est un obstacle à la communion avec Dieu… Il rend le geste de foi hypocrite.
  • Ici, il est question de quelqu’un qui nous en veut. Parfois, nous sentons qu’une relation avec quelqu’un est altérée et nous ne savons pas pourquoi… Nous sommes alors appelés à faire le premier pas du dialogue : Que se passe-t-il ?   Ai-je fait quelque chose qui t’a blessé ?…
  • A nouveau, l’enjeu n’est pas de savoir qui a tort ou a raison. Mais l’enjeu est de prendre l’initiative pour rétablir la relation. Relation à l’autre, mais aussi relation à Dieu ! Faire le premier pas !
  • Rien n’est gagné d’avance. La réconciliation est l’affaire des deux, trois personnes ou groupes concernés:

Paul le dit « S’il est possible, et dans la mesure où cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. … » Rm 12,18

Notre responsabilité est donc de faire le premier pas sans délai : « Tu te souviens… laisse ton offrande… va faire la paix… »

3) Matthieu 5,25-26 : Le dialogue sur le chemin du tribunal

Le 3ème texte biblique nous place dans un autre contexte. Le conflit a eu le temps de dégénérer, il est sur la voie de la justice et il n’est plus question de frère dans la foi, mais d’adversaire.

25 « Quand tu es encore sur la route du tribunal avec ton adversaire, mets-toi vite d’accord avec lui. Sinon, il va te livrer au juge, le juge va te livrer à la police, et on va te jeter en prison. 26 Je te le dis, c’est la vérité :  tu ne sortiras pas de là si tu ne paies pas tout l’argent que tu dois ! »

  • Ici, il y a vraisemblablement un tort reconnu. 
  • Mais l’appel est le même : prendre l’initiative du dialogue sans délai ! Trouve un accord, avant que la justice ne tranche avec des conséquences qui peuvent être lourdes…
  • Remarquons aujourd’hui que la justice elle-même offre une voie médiane qui tend à être toujours plus reconnue et pratiquée : la médiation. Les parties en conflits sont placées dans un face à face, selon des règles précises et avec un arbitrage… C’est une pratique qui a des fondements évangéliques, car elle favorise le dialogue, la recherche d’une solution concertée, où chaque partie en conflit se voit responsabilisée pour reconnaître ses torts et trouver une réparation. Enfin, la médiation permet souvent une désescalade, parce qu’au cours du dialogue, la colère peut laisser place à la compréhension…

Conclusion :

Voilà trois textes, trois appels à intervenir à temps, ou à différents moments : 

  • Etre à l’écoute de soi :  que se passe-t-il en moi,   pourquoi suis-je en colère, triste, inquiet… ?
  • Faire le premier pas quand je me rends compte qu’il y a quelque chose qui coince dans ma relation à l’autre. 
  • Il n’est pas trop tard, même quand la justice est sollicitée : sur la route du tribunal, je peux encore prendre l’initiative du dialogue !

                           *.               *.            *.            *.          *.        *.          *.        *        *

 Le rôle de la prière dans les conflits 

L’exemple d’Anne, mère de Samuel

 1 Samuel 1, 1-20

1 A Rama, dans la région montagneuse d’Éfraïm, vivait un Éfraïmite, du district de Souf, appelé Elcana ; il était fils de Yeroam, lui-même fils d’Élihou, petit-fils de Tohou et arrière-petit-fils de Souf. 2 Il avait épousé deux femmes, Anne et Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne n’en avait pas. 

3 Chaque année, Elcana se rendait de Rama au sanctuaire de Silo pour y adorer le Seigneur, le Dieu de l’univers, et lui offrir un sacrifice. Les deux fils d’Héli, Hofni et Pinhas, étaient prêtres du Seigneur à Silo. 4 Elcana avait l’habitude de donner à Peninna et à chacun de ses enfants un morceau de l’animal sacrifié  5 mais à Anne, il donnait une part de choix, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. 

6 Quant à Peninna, l’autre femme, elle cherchait sans cesse à vexer Anne pour l’humilier de n’avoir pas d’enfant. 7 Et chaque année, lorsqu’Anne se rendait au sanctuaire du Seigneur, la même scène se répétait. 

Une année, comme Anne se mettait à pleurer et ne voulait rien manger,  son mari lui demanda : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? » 

9 Après que l’on eut mangé et bu aux abords du sanctuaire de Silo, Anne se leva. Le prêtre Héli était assis près du montant de la porte. 10 Anne était très affligée. Tout en pleurs, elle pria le Seigneur en prononçant cette promesse : 

« Seigneur, Dieu de l’univers, vois combien je suis malheureuse ! Ne m’oublie pas, aie pitié de moi ! Donne-moi un fils, je m’engage à le consacrer pour toujours à ton service ; ses cheveux ne seront jamais coupés. »

12 Anne pria longuement. Héli l’observait,  il voyait ses lèvres remuer, mais n’entendait aucun son, car elle priait intérieurement. Héli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Resteras-tu encore longtemps dans cet état ? Va faire passer ton ivresse ailleurs ! » — 15 « Non, je ne suis pas ivre, répondit Anne. Je suis une femme malheureuse, mais je n’ai pas bu. Je suis ici pour confier ma peine au Seigneur. Ne me considère pas comme une femme de rien. Si j’ai prié aussi longtemps, c’est parce que mon cœur débordait de chagrin et d’humiliation. » 

17    Alors Héli déclara : « Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » — 18 « Et toi, répondit-elle, garde-moi ta bienveillance. » 

Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. 

19 Tôt le lendemain matin, Elcana et sa famille allèrent se prosterner devant le Seigneur, puis ils retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à sa femme Anne, et le Seigneur exauça la prière de celle-ci. 

20 Anne devint enceinte, puis mit au monde un fils. Alors elle déclara : « Puisque je l’ai demandé au Seigneur, je lui donne le nom de Samuel. »

Prédication

J’ai choisi ce récit, car je le trouve particulièrement beau, très détaillé, c’est une présentation sensible du vécu d’une femme…

a) Les multiples conflits d’Anne

Il présente une femme prisonnière d’un conflit aux multiples facettes, il y a plusieurs personnes ou réalités concernées dans ce récit. C’est souvent le cas dans les situations conflictuelles que nous vivons. Les choses sont rarement simples…

En conflit avec la vie

Dimanche passé, je vous invitais à penser à un conflit que vous vivez actuellement… L’un d’entre vous à la sortie du culte m’a dit : « Moi, je ne suis en conflit avec personne, mais avec la vie… »

Anne est aussi en conflit avec la vie, la nature qui lui refuse un enfant, l’attente la plus forte pour une femme mariée… Anne semble être stérile.

En conflit avec Dieu ?

Anne était-elle aussi en conflit avec Dieu ? Dieu est créateur, auteur de la vie, tout-puissant… Le texte dit bien : « Dieu l’ayant rendue stérile / ayant fermé sa matrice. » Nous pouvons supposer une part de révolte, de colère, au minimum de doute envers Dieu, en particulier dans ce cri : « Ne m’oublie pas ! »

En conflit avec son mari

Anne a la chance d’avoir un mari attentif et aimant : «il lui donnait une part de choix de la viande des sacrifices, car il l’aimait beaucoup, bien que le Seigneur ne lui ait pas accordé d’enfants. »

Il lui donne une part de choix, il l’aime malgré sa stérilité… Mais ce brave Elcana ne comprend pas sa femme, il n’arrive pas à se mettre à sa place et à comprendre son manque, cette déchirure profonde… Sa tentative pour consoler sa femme est symptomatique : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne veux-tu rien manger ? Pourquoi es-tu si triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne n’est pas en conflit direct avec son mari, mais elle se sent ni comprise, ni soutenue par lui…

En conflit avec son entourage

Par contre, sa rivale Peninna est en conflit ouvert avec elle. Peninna ne se gêne pas de lui faire sentir son infirmité. Elle n’est pas une femme… Est-ce une manière de se venger, car Elcana a une préférence pour Anne et qu’elle occupe la seconde place ?

En conflit avec la religion

Comme si la situation d’Anne n’était pas assez lourde, elle vit au sanctuaire de Silo une expérience douloureuse. Le prêtre Héli la croit ivre et lui demande de quitter les lieux.

Même lui, le prêtre, l’homme de Dieu, qui devrait la comprendre et la soutenir, même lui vient jeter de l’huile sur le feu… Du moins dans un premier temps.

Dans sa détresse, Anne a le sentiment d’être une femme :

  • Amputée par la nature, elle est en conflit avec la vie ;
  • Oubliée de Dieu, elle est en crise avec Dieu ;
  • Incomprise par son mari, elle est en tension avec lui ;
  • Méprisée par Pennina, elle est en conflit avec son entourage féminin ;
  • Jugée par Heli, elle se sent rejetée par la religion.

On peut vraiment parler d’un conflit d’identité profond et complexe. Anne est mal dans sa peau, en tension avec Dieu et avec son entourage…

b) Le combat d’Anne

Mais quelle ténacité ! J’aimerais vous inviter à observer son attitude…

Anne aurait pu se laisser sombrer dans la résignation et la dépression. Elle reste active, persévérante dans son combat. Et surtout, elle s’adresse à la bonne personne : Dieu !

Elle aurait pu s’en prendre à la vie, faire des reproches à son mari, s’attaquer à Peninna, agresser le prêtre…

Elle s’adresse à Dieu !

Le texte dit littéralement :

« Anne, le cœur amer, prie et pleure, pleure » v.10

Elle dit à Dieu son humiliation, elle demande à Dieu de la considérer et elle fait une promesse à Dieu : si tu me donnes un fils, je le consacrerai à ton service…

Plus loin le texte est encore très précis au sujet de l’état d’âme d’Anne. Elle dit à Héli :

« Je m’épanche devant le SEIGNEUR. … car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. »

C’est l’excès, le trop plein de souffrance, de chagrin et d’irritation qui conduit Anne dans la prière.

Littéralement Anne dit : «  Je répands mon âme devant le Seigneur… » C’est beau ! On comprend qu’Anne se livre totalement, corps et âme dans la prière…
L’expression commune « vider son sac » prend ici tout son sens !

c) L’apaisement d’Anne

Comment tout cela se termine ? A votre avis, à quel moment le conflit est-il résolu ?

Il est important de noter qu’Anne retrouve la paix en quittant le sanctuaire avec la bénédiction du prêtre Héli.

« Va en paix. Et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »

Il est dit qu’ « Anne s’en alla et accepta de manger. La tristesse avait disparu de son visage. »

Littéralement : « Elle perdit sa face de tristesse »

C’est la promesse de Dieu qui lui apporte la paix et qui marque l’issue de son combat. Ce n’est pas la naissance d’un fils neuf mois plus tard… Ce n’est pas l’exaucement, la résolution du problème ou du conflit… Cela s’est bien passé en elle, parce qu’Anne a vécu devant Dieu une réconciliation profonde et complète !

d) La réconciliation… 

« Réconciliation »… Nous revenons à ce vocabulaire qui nous relie au Christ.

« Oui, c’est Dieu qui a réconcilié le monde avec lui, par le Christ, sans tenir compte de nos fautes d’êtres humains. » (2 Co 5,19)

J’aimerais résumer le mouvement auquel nous sommes appelés dans des situations de crise ou de conflit. Comment la prière permet une résolution des crises et des conflits en nous, devant Dieu… 

Quand je suis en conflit, je porte un gros sac, bien lourd et plein…

…plein d’émotions : amertume, tristesse, colère, peur, jalousie, mépris de soi, indifférence…

…plein de pensées qui peuvent donner naissance à des intentions. Anne devait certainement se dire :

  • « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ! Si c’est ça ce Dieu d’amour, ben zut alors… »
  • « Je ne vaux rien, je ne suis pas digne d’être femme, j’ai certainement mérité ma condition. La vie ne vaut pas la peine d’être vécue… »
  • « Cette Peninna, quelle garce ! Si j’en ai l’occasion, je lui en collerai une bonne ! »
  • « Mon pauvre mari ! Il n’y comprend rien, il se croit suffisant, il ne voit que lui… »
  • « Héli, si lui aussi me juge et me rejette… Alors là c’est le bouquet. Faut plus qu’il espère me voir au sanctuaire ! »

Que faire avec ce gros sac ?
Certaines personnes se promènent avec ce gros sac, elles s’y accrochent. De temps en temps, sans qu’elles le veuillent, sans s’en rendre compte, il y a quelque chose qui en sort et qui fait mal à un innocent qui passait par là… Un coup de griffe, une parole dure, un jugement,… C’est normal. Ce sac est tellement plein, à l’excès, il déborde.

Il y a des personnes qui vont voir spécialiste après spécialiste et qui déballent leur sac devant chacun … mais qui, aussitôt après, le remballent et le reprennent avec elles, accusant les spécialistes d’impuissance…

A force de porter ce sac, beaucoup s’épuisent, désespèrent et se replient sur eux-mêmes ; d’autres se révoltent et deviennent agressifs, d’autres encore deviennent très durs et cyniques…

Et toi ?

Est-ce que tu entends cet appel de Jésus:
« Viens à moi toi qui es fatigué et chargé et je te donnerai du repos.» Matthieu 11,28

Ou cet appel de l’apôtre Paul :

« Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »                       2 Corinthiens 5,20

Voilà ce qui se passe quand nous allons au Christ avec notre gros sac :

Lumière : 

Jésus dit « Je suis la lumière du monde qui éclaire tout homme… »

A la lumière du Christ, dans le secret de la prière, nous commençons à voir clair, à comprendre ce qu’il y a dans ce gros sac. Nous pouvons alors commencer le tri, « les-à-fonds ».

Poubelle : 

Il y a des pensées et des intentions qu’il faut rejeter en pleine conscience.

« Seigneur, par ta grâce, je jette cette pensée qui est mauvaise et qui n’est pas de toi. Je renonce à ce projet de vengeance. Je refuse d’entretenir cette idée que je ne vaux rien. Je décide d’arrêter de me plaindre… »

Avec les émotions, c’est différent. Il est bon d’en faire quelque chose. Il faut chercher à les décoder, car elles révèlent des blessures, des fragilités. L’amertume, la tristesse, la colère, la peur, la jalousie, le mépris de soi, l’indifférence… sont souvent des révélateurs de blessures. 

L’amertume et la tristesse d’Anne sont la pointe de l’iceberg. Au fond, il y a un cœur en souffrance, le cœur d’une femme qui vit un manque identitaire : l’incapacité à donner la vie, donc à être pleinement femme.

Quand on comprend l’origine de nos émotions, quand on peut « aller au cœur du problème », souvent, on éprouve un premier soulagement.

Parfois, il  arrive que nous ne sachions pas décoder nos émotions. On peut demander à Dieu de nous y aider: « Seigneur, qu’est-ce qui se passe en moi ? D’où vient ma tristesse, ma peur, … ? » A la lumière du Saint-Esprit, Dieu nous éclairera. Il révèle les points sensibles, les nœuds.

Le Saint-Esprit agit un peu comme les mains de l’ostéopathe : elles parcourent les parties douloureuses de notre corps et soudain, elles s’arrêtent et touchent le point sensible, le lieu où les nerfs sont coincés…

Ce processus de réconciliation devant Dieu, à la lumière du Christ, peut prendre du temps. Nos âmes sont parfois tellement embrouillées, en bataille, que cela peut prendre du temps… Et nous pouvons avoir besoin d’une aide extérieure.

Le manteau de paix :

Mais quand les blessures sont révélées, Dieu peut les soigner… Nous pouvons en être certains. Dieu sait prendre soin de nos personnes toutes entières.

Dieu est fidèle et bon, il nous revêtira du manteau de paix, qui est le signe d’un conflit apaisé, intérieurement résolu.

e) La résolution des conflits

 J’ai beaucoup parlé de la réconciliation intérieure, personnelle, du croyant qui se retrouve face à Dieu.

Qu’en est-il de la résolution « extérieure » ou effective d’un conflit qui implique des tierces personnes ?

Je veux souligner 3 choses :

  1. La résolution d’un conflit est incertaine car elle ne dépend pas uniquement de moi. Pour vivre une réconciliation, il faut deux bonnes volontés. 
  2. Mais la bonne nouvelle, c’est que je peux retrouver la paix, même si l’autre ne cherche pas la résolution. Je peux pardonner à quelqu’un et retrouver la paix, même si cette personne refuse  de reconnaître ses torts. Si je suis fautif et que l’autre refuse de me pardonner, je peux recevoir le pardon de Dieu. Enfin, je peux être victime d’une injustice qui demeure non reconnue par la justice et être en paix. En définitive, le pardon, la paix viennent de Dieu et non des hommes.
  3. Enfin, la semaine passée, j’ai valorisé le dialogue avec mon prochain, comme un chemin évangélique pour résoudre les conflits. 

Suite à une discussion avec l’un d’entre vous, j’aimerais bien préciser que Dieu peut utiliser toutes sortes de chemins pour résoudre des conflits. Le dialogue ou la médiation ne sont pas toujours possibles. Parfois, il est bon de  s’en remettre aux tribunaux. Parfois, il est bon de renoncer à la voie judiciaire quitte à perdre, à être « dépouillé » (cf. 1Co 6,7)…
Dans la prière, Dieu nous suggère la voie qui est la sienne.

O. Bader, pasteur, paroisse Yverdon-Temple

Nous aspirons à la paix, mais…
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