Andreas et Friederike Matter-Tanski réagissent à l’article de Réformés (mars 2019) qui critiquait sans appel le livre de Shafique Keshavjee : L’islam conquérant.

« Qu’est-ce qui ne va pas, dans cet ouvrage?  » , demande la journaliste. Pour répondre à cette question, l’article accorde beaucoup de place à un professeur honoraire en théologie. Le peu d’estime qu’il a pour le livre s’achemine vers un jugement péremptoire, une condamnation totale et sans appel: « Tout l’ouvrage manque de distance historique et de connaissances » . Là déjà, on flirte avec les connotations attentatoires à l’honneur de Shafique Keshavjee en tant qu’écrivain érudit, expert reconnu de l’interreligieux depuis des décennies. Et la question de- meure entière: Qui des deux en sait davantage ou moins concernant l’islam, le Coran et les hadiths? Il en va de même des autres   « chercheurs de renom » cités à charge.

Tout au long de l’article, la journaliste accumule ses propres critiques féroces:   « pensée hasardeuse » ,  « (résumé) extrêmement réducteur » , etc. Puis, comme s’il y avait toujours état de pénurie dans le procès à charge, elle croit encore devoir se faire la rapportrice d’un bon nombre d’autres prétendus jugements d’experts à l’encontre du livre, attribués pudiquement à  » différents chercheurs et théologiens » . Et ça y va allègrement:   « caricature » ,  « imposture »,  « démarche bancale » ,  « tissu de fadaises » . Sans la moindre exception, ces délicates amabilités sont sommaires, sans nuance et aggressivement dépréciatives, alors qu’elles naviguent sous le couvert d’un anonymat parcimonieusement courageux. Là, au plus tard, l’affaire cesse d’être anodine. Car en tout cas le dernier des jugements dépréciatifs relatés est clairement injurieux, les deux qui le précèdent peut-être ou probablement aussi. Or, à force de colporter des injures anonymes, on s’aventure dans une zone où l’on commence à risquer de s’attirer des ennuis juridiques.

Beaucoup de ce que l’on lit des dits théologiens et chercheurs dans l’article est si carica- turalement sommaire, si hostilement unilatéral, si  « extrêmement réducteur », comme dirait la journaliste, que deux sortes de questions se posent par rapport à eux. D’une part: si, dans leur activité académique courante, ils traitent les Ecritures comme ils viennent d’approcher le livre de Shafique Keshavjee, il y a des craintes et du scepticisme à avoir concernant la crédibilité scientifique de leur travail d’exégèse et de critique des textes. D’autre part: est-ce que c’est à des auteurs de prises de position pareilles que peuvent faire confiance les décideurs de l’Etat à titre d’ « experts » quand il s’agit de trancher des questions relatives à la religion, que ce soit le christianisme ou l’islam?

Mais l’affaire a aussi révélé plusieurs problèmes liés à  « Réformés » . Peut-être le plus grave est le suivant: En l’occurrence, le journal a pris des libertés avec plusieurs impératifs usuels de déontologie journalistique. Espérons que les responsables de la publication sauront apporter au plus vite les correctifs nécessaires (excuses entre autres pour les injures anonymes colportées, espace adéquat accordé à Shafique Keshavjee pour s’exprimer face à un autre journaliste, moins enclin aux procès unilatéraux à charge).

Andreas et Friederike Matter-Tanski Riex VD et Heiligenschwendi BE

C’est toujours problématique de faire pire que ce que l’on critique chez autrui…
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