Pour commémorer les 500 ans de la Réforme, la compagnie théâtrale « Le Grain de moutarde » a offert en 2017 un spectacle intitulé « Un vent de Réforme ».

 

Cyril Ansermet, metteur en scène et comédien, présente ainsi son projet : « La vie de Luther est riche en péripéties et en aventures, ce qui en fait un thème idéal de pièce de théâtre. Mais que faisons-nous aujourd’hui de la gratuité de l’amour de Dieu et de la liberté du chrétien qui en résulte?

Commémorer les 500 ans de la Réforme, c’est se rappeler d’où nous venons. La pièce raconte les moments forts de la vie de Luther, comme sa crainte première de Dieu, puis sa compréhension de la grâce ou son combat lors de la Diète de Worms. Commémorer cet anniversaire, c’est aussi l’occasion de se demander ce qu’il reste de la Réforme, 500 ans plus tard ».

 

Pour explorer ce qui reste de la Réforme, ces jeunes comédiens ont réalisé des interviews de paroissien-ne-s vaudois-es avec les questions ci-dessous. Ils ont ensuite repris ces extraits d’ interviews entre les différentes scènes, pour permettre un va-et-vient entre le passé et le présent.

 

Qu’est-ce que la Réforme ?

Frédéric :

La Réforme pour moi ?

C’est un retour aux sources, un retour à la base… en mettant la Parole de Dieu en premier, en revenant vraiment au sens du texte et à l’accès direct à Dieu.

C’est la redécouverte de la grâce. Oui, ça m’apporte quelque chose dans ma vie quotidienne de me dire que je suis pardonné, que Jésus a acheté mon salut, que j’ai pas à me soucier de ça, que je suis aimé de Dieu, que j’ai pas à faire des choses pour mériter l’amour de Dieu, mériter ma place au paradis quoi…

 

Guillaume :

La Réforme, c’est un moment de l’histoire chrétienne où on libère l’accès à Dieu, c’est-à-dire qu’il y avait plein d’éléments qui étaient des intermédiaires entre les hommes et Dieu, mis en place par l’Eglise catholique. En fait, c’est une sorte de balayage. Luther, Calvin permettent de donner accès à tout le monde à Dieu. Pour moi c’est ça – vraiment -ça permet à chacun d’avoir un accès – par la Bible évidemment – mais aussi d’oser s’adresser à Dieu directement, puis de se sentir… légitime, ça remet tous les gens à un niveau égal.

 

Simon :

Quelque chose de positif qui reste, c’est  cette liberté dans l’interprétation. Bien sûr, il y a tous les excès parce que l’on se subdivise en six cent milles dénominations différentes mais c’est précieux de se dire que chacun est libre d’interpréter : il n’y a pas quelqu’un qui nous dit comment on doit comprendre. Malgré son revers, ça reste quelque chose de très important, je trouve. Du coup, avec ça, va aussi une grand dignité de la personne : on n’est pas juste un petit soldat d’une grande armée ou un atome… on est vraiment une personne qui a la responsabilité de répondre et de pouvoir répondre personnellement à Dieu. Je pense que c’est assez typique de la Réforme.

Jean :

La Réforme c’est la découverte de la Parole de Dieu dans sa vérité.

 

Jean-Daniel :

Du temps de la Réforme, le problème était : puis-je avoir un Dieu favorable ? Et le problème actuel des gens, c’est : comment puis-je avoir un voisin agréable ?

Le drame qu’a vécu Luther, très rares sont les gens qui le vivent aujourd’hui.

Je crois qu’aujourd’hui on insiste beaucoup sur l’amour de Dieu mais on en fait un Dieu… indulgent. Il est amour, oui – comme on le dit parfois : Dieu pardonne c’est son métier – mais Dieu est aussi un Dieu saint et je crois que la Réforme a exprimé cela.

Le drame de Luther, c’est ça : comment réconcilier l’amour de Dieu avec la sainteté de Dieu ? Il me semble que pour l’immense majorité des gens, il ne reste que l’amour de Dieu et ce Dieu est un Dieu bonasse !

 

Esther :

La Réforme, ça permet que je puisse vivre ma foi différemment que si il n’y avait pas eu la Réforme, dans le sens que je peux lire ma Bible toute seule comme une grande, que j’ai pas besoin d’intermédiaire pour m’adresser à Dieu, je peux m’adresser direct à lui, et cela a remis la grâce au centre du message de l’évangile : on est sauvé par grâce et on ne doit pas mériter notre salut, payer, faire des bonnes actions et tout ça. La Réforme a remis en avant les bases de la foi.

 

Nathalie :

Pour moi c’est un grand changement au niveau de la relation à Dieu. La Parole  est remise au centre et c’est un changement de paradigme. Pour moi, c’est un mouvement  qu’il faudrait refaire – enfin d’une certaine manière – c’est un mouvement qui est passé et je trouve qu’il faudrait de nouveau un mouvement de réforme, ce n’est pas un mouvement qui est fini.

 

Lise :

Je ne vois pas ça comme un événement unique mais comme une espèce d’énorme vague qui balaye le seizième siècle, une espèce de grand bouleversement qui met fin au Moyen-Age.

Pour moi, cela apporte un vent de liberté. En fait, je pense que c’est cela le plus important dans ce mouvement de Réforme, cette liberté de penser !

 

Qu’est-ce qui serait à réformer dans l’Eglise actuelle ?

 

Jean :

Je pense que ce qui serait à réformer aujourd’hui, ce serait de refaire une Réforme en fait. C’est-à-dire avoir une réflexion sur la Bible, sur la Parole de Dieu – qu’est-ce qu’elle représente pour nous –  puis essayer de l’appliquer. Redécouvrir la lecture de la Bible… Remettre la Bible dans son contexte… Refaire un peu la démarche qu’a fait Luther à l’époque. Parce que maintenant il y a différents courants qui prennent leur distance par rapport à la Bible. La raison humaine, la raison de l’homme a pris de l’importance au détriment de la Parole de Dieu.  Voilà ce que je pense, moi, sans être un spécialiste.

 

 

 

 

Simon :

Cette Eglise réformée, elle est toujours à réformer, ça c’est une des formules ! La tradition réformée est toujours à réformer par l’impact de l’Evangile aujourd’hui et je pense que constamment on retransforme l’Evangile en une religion et l’Eglise en un système. On a justement besoin d’être toujours dérangé par la Parole de Dieu. La théologie aussi doit toujours être constamment réformée parce que toujours, au fond, l’être humain a cette tendance à se mettre au centre et à être autonome. Et cela, c’est fondamentalement contraire à la révélation biblique en général et à l’Evangile en particulier.

 

Frédéric :

J’aspirerais à ce que l’église soit plus en feu de Dieu, soit plus portée par l’évangile, plutôt que par l’intellect, que l’église soit plus amoureuse de Jésus.

La pensée de l’homme, c’est que la pensée de la société est le raisonnable, et le rationnel prend le dessus. Dans beaucoup de choses l’église agit de manière à ce qu’elle soit en accord avec la société, avec ce qui est bien de penser, que les gens vont trouver bien et ça je trouve que c’est faux. Je pense qu’on doit d’abord regarder à Dieu, à la Parole de Dieu plutôt qu’à la pensée des hommes.

 

Jean-Daniel :

Il me semble que les églises qui grandissent sont des églises où ce message d’un Dieu vivant, d’une rencontre personnelle avec le Christ est annoncé avec force et puissance.

 

Monique :

Si l’Eglise arrivait à motiver les gens pour faire des trucs ensemble, ça serait génial. Mais je n’ai pas la solution, je trouve que ce n’est pas facile de remotiver les gens. J’ai l’impression qu’eux trouvent que ça va très bien comme ça, que ça ne sert à rien.

 

Esther :

Je me révolterai contre tout ce qui est contraire à la Parole, à la Bible, parce que j’ai l’impression que des fois, les choix ne sont pas basés premièrement et uniquement sur la Bible mais sur d’autres facteurs. Cela me révolte, la religion et les habitudes prennent plus de poids que la foi. Les choses se font parce que ça c’est toujours fait comme ça, mais en fait ce n’est pas toujours judicieux.

 

Roger :

La société a évolué depuis quarante ans, mais l’église est restée quarante ans en arrière.

 

Nathalie :

L’inertie, le coté institutionnel, le décalage qu’il y a avec le monde actuel…

Je trouve un peu triste quoi, je trouve que souvent les églises sont un peu tristes.

 

Guillaume :

Me redonner le goût de la communauté parce que c’est quelque chose que j’aime, mais je n’arrive pas à le retrouver dans une paroisse.

 

Frédéric :

Je pense que l’église est devenue pas assez radicale, alors que le message de l’évangile, pour moi, c’est un message radical.

Qu’est-ce que la foi ?

 

Jean :

La foi pour moi c’est une toute petite histoire. C’est dans un village de Provence, il fait très chaud, il fait sec et il n’a pas plu depuis très très longtemps. Alors le curé du village décide de réunir tous les paroissiens le dimanche à onze heures, pour prier pour faire venir la pluie. Tous les paroissiens viennent et il y a un petit garçon qui vient avec son parapluie.

 

Jean-Daniel :

C’est une bonne question. Je crois que la foi, ce n’est pas forcément un sentiment. La foi c’est croire les promesses de Dieu, que Dieu est amour. Ce n’est pas évident que Dieu se soit incarné en Jésus-Christ, mais ça c’est extraordinaire.

 

Frédéric :

Se lancer dans quelque chose sans avoir le résultat avant.

 

Alexandre :

Pour moi, c’est une force pour vivre ensemble. C’est quelque chose de très personnel déjà, c’est un feu intérieur. J’ai beaucoup de peine à convaincre les autres dans tous ces domaines-là, donc c’est vraiment un parcours personnel. Mais c’est ce qui fait que l’humanité arrive, malgré tous ses côtés bestiaux, à vivre ensemble.

 

Roger : 

Pour moi, la foi c’est d’être porté par quelque chose qui me dépasse, qui me dépasse et qui m’encourage.

 

Guillaume :

La foi c’est la confiance, la confiance sans attente de confiance mutuelle, c’est la confiance unilatérale en fait, c’est d’être pleinement dedans sans attendre un retour. C’est de la confiance inconditionnelle. Je trouve que c’est quelque chose de très difficile à maintenir dans notre vie, dans notre quotidien, dans notre société actuelle, parce que c’est quelque chose qu’on ne voit pas en fait. On voit par exemple des gens qui ont la foi ; c’est une sorte d’exemplarité. La meilleure chose que j’ai vue pour me faire une idée de la foi, ce sont des gens qui ont la foi et qui font des gestes de foi, des actes de foi assez dingues, mais c’est vrai que c’est quelque chose de très fort.  Voilà, je me dis jusqu’où est-on prêt à aller par la foi ? Moi ça m’impressionne beaucoup.

 

Monique :

C’est croire en Dieu, croire en Jésus, croire en tout ce qui est bien, croire en tout ce qui est à faire …. .

 

David :

Comme ça en deux mots… la foi c’est compliqué. Si je pouvais dire, même en tant que scientifique, peut-être que… malgré toutes les aberrations, les injustices et les choses qui sont inexplicables, je crois encore fermement.

Il y a encore autre chose que je pensais. La foi c’est quelque chose comme une lumière dans la nuit, la nuit totale, où la moindre petite bougie, la moindre petite lumière est plus forte que cette obscurité.

 

Est-ce que tu penses que Dieu est content de toi ?

 

Lise :

Mon dieu… j’espère que Dieu est content de moi ! Je n’en sais rien honnêtement, je ne sais pas. Je pense que des fois Il doit assez pleurer de voir ce que je fais des dons qu’Il m’a donnés ou ce que je ne fais pas plutôt. J’ai une mauvaise conscience qui est très protestante je crois. Je ne me sens jamais en règle avec ce que j’ai reçu. J’ai toujours l’impression qu’il faut que j’en fasse quelque chose, que je ne gaspille pas ces dons, que je n’en fait jamais assez. Et il y a une autre voix qui me dit : « mais cool Raoul, t’es aimée de Dieu et c’est tout, quoi » !

 

Jean-Daniel :

C’est une très bonne question. Je crois qu’Il est content de moi non pas par ce que j’ai pu faire mais parce que sa grâce recouvre tout.

 

Frédéric :

Je pense surtout qu’Il ne se pose pas tellement cette question, en fait.

Je le vois comme un père et du coup, Il pose ce regard de papa sur nous. Moi,  je ne suis pas en train de me demander « est-ce que je suis content de mon fils ? »… enfin oui, des fois, mais parce que moi, je suis humain.

 

Esther :

Alors je sais qu’Il m’aime, c’est bien, parce qu’Il nous aime tous, quelles que soient nos actions. Je pense qu’il y a des moments où Il est vraiment réjoui de ce que je fais et d’autres moments moins, ça dépend. Mais même s’Il est déçu de moi, moi je sais qu’Il m’aime toujours et heureusement qu’on n’a pas à mériter son amour…

 

 

Qu’est-ce que t’apporte la lecture de la Bible :

 

Carine :

Je lis la Bible tous les jours.  C’est ma nourriture, j’en ai besoin, ça m’apporte quelque chose tous les matins.

 

Frédéric :

La Bible m’apporte souvent de la tranquillité, de la paix et ce qui me passionne, c’est que ça crée une soif en moi. J’ai l’impression que, quand je lis la Bible, j’ai envie de toujours plus la relire et je crois vraiment que c’est le seul livre qui me donne ça. Je ne dis pas, si je lis un livre passionnant, je vais avoir cette envie. Mais il y a quelque chose de puissant, je trouve ; la Bible est un livre qui donne envie de lire, même s’il y a des tas de choses que je ne comprends pas.

 

 

 

Jean :

Si je lis des Psaumes par exemple, ça ne m’apporte quasi rien… Autrement ça m’apporte une réflexion sur notre vie actuelle, dans quelle mesure elle est en accord avec la Bible ou pas. Et puis ça m’amène aussi une réflexion sur certains thèmes : la violence, le mariage gay ou toutes ces questions. Autrement, c’est un apport spirituel sur l’histoire.  Par exemple, les Actes, j’aime bien lire les Actes parce que c’est un apport sur l’histoire de notre religion.

 

Nathalie :

Quand je la lis, ça me fait du bien. Enfin… je la lis souvent quand j’ai besoin de me calmer ou bien de me recentrer.

 

Lise :

Ce qui est très beau avec la Bible, c’est vraiment un texte incroyable. Je peux lire quinze fois le même texte et je peux y lire chaque fois autre chose. Parfois je n’y trouve rien parce que ce n’est pas le bon moment.

 

David :

C’est plus une révélation, mais je pense également qu’il y a plein de pistes, un peu comme un topo. Moi je le prendrais un peu comme ça.

Mais je pense qu’en lisant la Bible, on se met dans un état d’écoute. Et je pense que là, à travers l’Esprit Saint, on peut avoir des fois des bonnes idées. Mais il faut faire attention parce que les idées géniales, elles viennent peut-être de notre esprit et c’est difficile à distinguer. C’est une recherche permanente, mais je pense que c’est un bon topo pour la vie.

 

Guillaume :

Il y a une puissance dans ce texte qui est assez dingue sur ce qu’est l’homme en fait, de manière complète, pleine. Je trouve que c’est ressourçant de pouvoir prendre le temps de la lire.

 

 

Esther :

Je le prends aussi comme une lettre d’amour que Dieu m’a donnée, pour me guider dans la vie. Ce n’est pas juste un truc pratique, un mode d’emploi dont tu peux être détaché. Mais il y a toute une part aussi émotionnelle que Dieu a mis dedans et que j’ai envie de découvrir. Ça m’apporte de découvrir qui est Dieu, et en découvrant qui Il est, j’apprends à L’aimer, j’ai envie de Le louer et de L’adorer. Du coup ça change ma vie et ça me montre aussi quelle direction Il donne à son peuple et quels sont ses projets pour nous. Donc ça permet de me situer, moi petite femme dans le monde : qu’est-ce que je fais ici, où je vais et qui est celui qui m’a créé ?

 

« Un vent de Réforme »

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