Le Manifeste bleu

Rassemblement pour un renouveau réformé

 

TABLE DES MATIÈRES

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Résumé à l’attention des gens pressés
Préambule
PARTIE 1 – NOTRE APPEL ET NOTRE FOI
Un appel qui nous brûle
La confession de notre foi
Une confiance fondamentale
PARTIE 2 – NOTRE VISION DE L’ÉGLISE
PARTIE 3 – NOS FONDEMENTS THÉOLOGIQUES
La grâce multicolore de Dieu
L’unique fondement en Jésus-Christ
L’Écriture
La théologie
Le couple, la famille, le célibat
Le monde
L’espérance
Conclusion
Notice: le concept « évangélique »

 

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Résumé à l’intention des gens pressés

Le Manifeste bleu, c’est une couleur qui s’affirme dans l’arc-en-ciel de l’Église réformée. La visée du document est de fédérer ceux qui partagent ces convictions, de susciter le dialogue avec ceux qui ne les partagent pas et, surtout, de contribuer au renouveau de l’Église réformée.

1. ARRÊT

Avant d’être une confession de foi, c’est un appel vibrant:
« Arrêtez… et reconnaissez que je suis Dieu ! »
Le Manifeste appelle à revenir au Seigneur comme une urgente priorité :
« Venez à moi », dit Jésus-Christ. Nous comprenons ainsi cet appel : Arrêtez vos œuvres trop souvent autonomes, pour lesquelles vous n’avez pas besoin de moi. Arrêtez ce remplissage qui vous épuise, déposez ce fardeau trop lourd. Créez du vide: il deviendra une place pour me recevoir. Alors vous trouverez le vrai repos. Prenez mon joug. Travaillez à côté de moi…

2. VISION

Une autre vision de l’Église
Une conception trop gestionnaire de l’Église doit rendre la priorité à un triple mouvement:
– Nous enraciner (dans la Parole de Dieu, l’Esprit Saint, la tradition de l’Église et la vie communautaire) ;
Encourager les charismes et la créativité des membres des paroisses et des ministres ;
– Élargir la communion avec les autres Églises, communautés et mouvements.

En guise de « résumé », voici quelques-unes des affirmations du Manifeste bleu:

3. ÉGLISE

Nous reconnaissons les forces et les faiblesses des structures ecclésiales existantes et ne cherchons pas à en sortir. C’est dans l’Église évangélique réformée que nous tenons à confesser et à vivre la foi chrétienne qui nous est commune.

4. COMMUNAUTÉ

Nous croyons que l’Église est une communion de communions et la paroisse une communauté de communautés. C’est pourquoi nous voulons susciter et soutenir les communautés de base, notamment sous la forme des groupes de maison.

5. CONSENSUS

Nous croyons que l’Église n’est pas d’abord un Parlement (dans lequel une majorité triomphe des minorités) mais un espace de communion. C’est pourquoi nous cherchons d’autres manières de vivre ensemble et de nous organiser, et nous voulons promouvoir la prise de décision par consensus.

6. RENOUVEAU

Nous croyons que l’Église est d’abord un lieu de célébration communautaire de la beauté de Dieu et de ses œuvres. C’est pourquoi nous voulons renouveler la vie cultuelle.

7. SERVICE

Nous croyons que l’Église, en obéissance à son Seigneur venu pour servir (cf. Marc 10/42-45), est d’abord Servante. C’est pour- quoi nous voulons renforcer l’esprit de service.

8. JÉSUS CHRIST

Nous résistons fermement à tout ce qui en nous et autour de nous cherche à établir un autre fondement que Jésus Christ, Jésus Christ crucifié et ressuscité, que ce soit pour la vie, la pratique ou la pensée de l’Église.

9. FORMATION

Nous croyons que l’Église, à la suite de Jésus, est un lieu de formation de disciples. C’est pourquoi nous voulons encourager et renouveler la formation en Église. Nous soutenons le projet de création d’une Haute École de théologie en Suisse romande en complémentarité avec les Facultés de théologie.

10. ÉVANGilE

Nous croyons que l’Église a comme mission fondamentale de rendre témoignage par l’Esprit Saint à Jésus, de qui Dieu le Père lui-même a rendu témoignage. C’est pourquoi, en communion avec les chrétiens des autres Églises, nous voulons encourager et renouveler l’évangélisation «afin que le monde croie».

11. ÉCRITURE

Nous résistons à toute interprétation de l’Écriture qui minimise la puissance de Dieu (cf. Matthieu 22/29) ou son actualité (cf. Matthieu 5/17-20; 28/19-20).
En communion avec les chrétiens des autres Églises, nous recherchons une compréhension conciliaire de l’Écriture qui soit attentive à la tradition et aux contextes actuels.

12. RÉVÉLATION

Nous nous écartons des théologies qui s’inspirent d’abord et principalement du Siècle des lumières et non de la Lumière de Dieu qui traverse les siècles et nous nous opposons au climat de doute et d’incrédulité actuel qui refuse ce que la raison autonome ne peut justifier. L’acceptation confiante de l’auto-révélation de Dieu est la base de toute démarche théologique, et la pré-condition nécessaire à une recherche féconde.

13. DIFFÉRENCES

À la suite du Christ, vrai Dieu et vrai homme, nous résistons à toute anthropologie qui minimise la différence entre Dieu et l’humain ou entre un homme et une femme.
La différenciation sexuelle entre la femme et l’homme est à la fois structurante et vitale car inscrite dans le projet de création de Dieu.

14. MONDE

Nous croyons que le monde, à l’image de l’être humain, est à la fois prodigieux et perturbé. Nous croyons que le Christ nous appelle à être dans le monde sans être du monde. C’est pourquoi nous sommes à la fois solidaires et critiques de ce monde. Nous nous écartons tout autant d’une identification aux standards de notre société (de plus en plus sécularisée, post-chrétienne et souvent néo- païenne) que d’une fuite hors d’elle.

15. SALUT

Nous rejetons tout discours qui ferait croire à nos contemporains, comme à nous-mêmes, que le salut est assuré automatiquement à tous, indépendamment de notre réponse personnelle à la grâce souveraine de Dieu.
Nous nous réjouissons de l’espérance offerte par le Christ qui nous libère de la «crainte de la mort» (cf. Hébreux 2/14s) et nous ouvre, à sa suite et avec tous ses bien-aimés, à une résurrection «écla- tante de gloire» (cf. 1 Corinthiens 15/43). Nous attendons activement l’accomplissement de sa pro- messe « de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice régnera » (cf. 2 Pierre 3/13).

16. ENGAGEMENT

Les laïcs et les ministres des Églises réformées de Suisse romande, et d’autres Églises, qui trouvent dans l’esprit de ce Manifeste une expression de leurs convictions, de leur foi et de leur vision d’Église s’engagent à:
– s’encourager mutuellement à rester attachés au Christ vivant et fort, et à prier, agir, travailler et bâtir d’une manière qui plaise à Dieu;
– chercher sans cesse sa Présence à l’écoute de sa Parole et de l’Esprit pour rester à son service et au service de leurs frères et sœurs dans l’Église ;
– à rester en dialogue avec tous ceux qui ne se reconnaissent pas (ou pas tout à fait) dans ce Manifeste et qui sont néanmoins prêts à « travailler ensemble à l’œuvre de Dieu ».

 

 

Préambule

«Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.»

(Marc 9/7)

 

Nous, quelques laïcs et ministres de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), en communion avec des laïcs et ministres d’autres Églises réformées (cantonales, ethniques) et d’autres Églises chrétiennes (catholiques, évangéliques, orthodoxes), nous nous sommes réunis en retraite à St Loup, dans la commune de Pompaples appelée Le milieu du monde, pour prier et pour discerner ce que nous pouvions dire ensemble des vérités et valeurs évangéliques qui nous lient et qui orientent nos engagements.

Nous reconnaissons les forces et les faiblesses des structures ecclésiales existantes et ne cherchons pas à en sortir. C’est dans l’Église évangélique réformée que nous tenons à confesser et à vivre la foi chrétienne qui nous est commune.

Nous reconnaissons que l’Église se décline en de multiples couleurs et que, parmi celles-ci, nous représentons une des couleurs, couleur qui elle-même se décline en de multiples nuances.

Nous valorisons les apports positifs d’autres couleurs: la couleur liturgique nous apprend la beauté des paroles cultuelles du passé et du présent ; la couleur socio-politique, l’importance d’un Évangile incarné dans les préoccupations sociales, économiques, politiques et écologiques de nos contemporains ; la couleur libérale, l’importance d’un dialogue fécond avec la culture ; la couleur charismatique, la nécessité de toujours mieux nous ouvrir à l’Esprit saint et de valoriser les dons de chaque fidèle…
Et nous nous réjouissons de la diversité qui existe au sein de notre propre réseau !

La présentation de ce Manifeste bleu a une triple fonction:

  • mettre en lien ceux qui partagent ces vérités et valeurs
  • susciter un débat avec ceux qui ne les partagent pas (ou pas toutes)
  • favoriser de nouvelles relations de confiance.

PARTIE 1 – NOTRE APPEL ET NOTRE FOI

Un appel qui nous brûle

« Arrêtez-vous … et reconnaissez que je suis Dieu ! »

(Psaume 46/11)

 

« Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,

et moi je vous donnerai le repos.

Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école,

car je suis doux et humble de cœur,

et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. »

(Matthieu 11/27-30)

 

L’appel qui nous brûle, c’est la voix de Jésus-Christ qui encourage son Église alors qu’elle s’épuise sous de nombreux fardeaux. Et voici ce qu’il nous semble entendre:

« Arrêtez-vous ! C’est urgent ! Priez, jeûnez et revenez à Moi, dit le Seigneur.»

« Venez à moi », dit Jésus-Christ. Nous comprenons ainsi cet appel : Arrêtez vos œuvres trop souvent autonomes, pour lesquelles vous n’avez pas besoin de moi. Arrêtez ce remplissage qui vous épuise, déposez ce fardeau trop lourd. Créez du vide: il deviendra une place pour me recevoir. Alors vous trouverez le vrai repos. Non pas celui de la passivité, mais celui du bon choix et de la bonne compréhension et répartition des tâches.

Prenez mon joug. Travaillez à côté de moi, en vous joignant à ce que je suis en train de faire. Et pour savoir ce que je fais, prenez du temps pour entendre ce que l’Esprit de vérité veut vous apprendre. Je ne veux pas des « il faut » sans fin qui remplacent mon Esprit. Je fais, et alors vous ferez avec moi ! Prenez mon joug: portez-moi. Là est le Royaume de Dieu. Tout le reste vous sera donné en plus.

Et si nous osions vivre cela concrètement ?

Nous nous repentons de tous ces moments où nous ne nous sommes pas ouverts aux impulsions du Saint-Esprit et aux critères de l’Évangile, car nous les avons soumis aux impulsions et aux critères de nos propres pensées, sentiments et comportements.

Nous demandons ardemment que le Saint-Esprit nous renouvelle et qu’il nous transforme à l’image du Christ, afin que notre témoignage soit vrai et qu’il puisse être utilisé par le Père qui veut restaurer toute sa création et chacune de ses créatures.

À la suite de Nicolas de Flüe nous prions:
Mon Seigneur et mon Dieu, enlève-moi tout ce qui m’éloigne de toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de toi.
Mon Seigneur et mon Dieu, enlève-moi à moi-même et donne-moi tout à toi.

La confession de notre foi

 

«…que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père.»

(Philippiens 2/11)

 

«…si tu confesses de ta bouche que le Seigneur, c’est Jésus et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.»

(Romains 10/9)

 

En réponse à ce « Venez à moi » de Jésus-Christ, nous réaffirmons notre adhésion aux deux confessions de foi dans lesquelles des générations de chrétiens ont reconnu l’identité de Dieu, son Être et son Agir: le Symbole des Apôtres et le Symbole de Nicée-Constantinople.

Symbole des Apôtres

Je crois en Dieu,

le Père tout-puissant. créateur du ciel et de la terre.

Je crois en Jésus-Christ

son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la Vierge Marie ; il a souffert sous Ponce-Pilate,

il a été crucifié, est mort,

il a été enseveli,

il est descendu aux enfers;

le troisième jour, il est ressuscité des morts;

il est monté au ciel; il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant; il viendra de là pour juger les vivants et les morts.

Je crois en l’Esprit-Saint,

à la sainte Église universelle, la communion des saints, la rémission des péchés,

la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Amen.

Symbole de Nicée-ConstantinopleNous croyons en un seul Dieu,

le Père, le Tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles.

Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, Lumière de la Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père; par lui tout a été fait.

Pour nous et pour notre salut il descendit des cieux; par le Saint-Esprit il a pris chair de la Vierge Marie et il s’est fait homme. Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il a souffert, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, il est monté aux cieux. Il siège à la droite du Père et il reviendra dans la gloire juger les vivants et les morts; son règne n’aura pas de fin.

Nous croyons en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et donne la vie, qui procède du Père, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié, qui a parlé par les prophètes.

Et en l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Nous confessons un seul baptême pour le pardon des péchés.

Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

Amen.

Une confiance fondamentale

 

«Que votre cœur ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu, mettez aussi votre foi en moi, dit Jésus.»

(Jean 14/1)

« Dès maintenant, oracle du Seigneur, revenez à moi de tout votre cœur avec des jeûnes, des prières et des lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements

et revenez au Seigneur votre Dieu : il est bienveillant et miséricordieux,

lent à la colère et plein de fidélité. »

(Joël 2/12-13)

 

Alors que les Églises réformées en Suisse romande traversent une période de fortes turbulences (baisse du nombre de fidèles dans bien des paroisses, diminution des ressources financières dans plusieurs cantons, manque de vocations aux divers ministères, conflits insurmontables dans les manières de lire la Bible, méfiance voire mépris à l’égard de la mouvance évangélique, tensions sur des sujets complexes tels l’homosexualité, les ministères ou la formation…), nous réaffirmons notre confiance fondamentale dans le Dieu vivant, Père, Fils et Saint Esprit, qui continue de prendre soin de son Église.

Forts de cet enracinement dans la foi de l’Église, nous pouvons affirmer notre confiance fondamentale :

Nous affirmons avec confiance que le déclin de l’Église réformée n’est pas inéluctable.

Nous affirmons avec confiance que le Père de Jésus-Christ nous indique un chemin de vie, au-delà de nos fautes et de nos erreurs, et que si nous revenons à lui de tout notre cœur, il est fidèle et juste pour nous pardonner et nous restaurer.

Nous affirmons avec confiance que le message de l’Église ne se trouve pas d’abord dans les philosophies, traditions ou méthodes humaines, si réputées soient-elles, mais en Jésus-Christ seul en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance.

Nous affirmons avec confiance que l’ouverture à la Vie de l’Esprit de Dieu

est fondamentale pour le renouvellement de l’Église et du monde.

Nous affirmons avec confiance que la vocation de l’Église est d’être à l’écoute de Dieu à travers la lecture attentive des Écritures, la prière et la vie communautaire, le jeûne et la repentance (le retour à Dieu), et que sa mission est de communiquer l’Évangile du Royaume de Dieu à tous sans crainte, de rendre visible la présence active de Dieu et de rejoindre avec amour les personnes les plus fragiles.

Que Dieu nous donne de confesser la vérité dans l’amour, l’humilité et la paix

PARTIE 2 – NOTRE VISION DE L’ÉGLISE

Alors que la vie de l’Église réformée tend parfois à être subordonnée à une conception gestionnaire et managériale, nous sommes convaincus que seule une vision biblique peut permettre à l’Église de devenir plus belle et à chacune des membres de donner le meilleur de lui-même.

C’est pourquoi nous voulons à la fois enraciner, encourager et élargir. Nous voulons enraciner nos vies

  • dans la Parole de Dieu, quoi qu’il en coûte ;
  • dans une ouverture confiante à l’Esprit saint, sans abus ni mascarades ;
  • dans une spiritualité nourrie par les Pères/Mères de l’Église et la grande tradition chrétienne ;
  • dans une vie communautaire, même si cela ne va pas de soi.

Nous voulons encourager

  • les appels, les charismes et les compétences des membres de notre Église en leur faisant confiance et en leur témoignant une profonde estime ;
  • les appels, les charismes et les compétences des ministres en leur manifestant une profonde reconnaissance (cf. 1 Thessaloniciens 5/12s ; 1 Timothée 5/17) ;
  • la créativité dans l’Église et la communication (arts visuels, musique, danse, théâtre, utilisation des moyens audio-visuels et informatiques, réseaux sociaux…), en particulier en reconnaissant les dons des jeunes dans ces domaines et en les accompagnant dans leurs projets.

Nous voulons élargir

  • la communion fraternelle avec les autres Églises (évangéliques, catholiques, orthodoxes, issues  de   la..),   communautés   et mouvements.Dès lors, nous refusons de céder au découragement et au défaitisme, à l’autoritarisme ou au sectarisme.Nous refusons toute conception de l’Église qui la considère comme une entreprise ou une administration comme une autre.Nous nous distançons également de la tendance à tout centrer sur le ministère pastoral ce qui est contraire au fondement biblique de la diversité des ministères et de la vocation de chaque baptisé à être « prophète, roi et prêtre ».Nous nous levons pour une Église dans laquelle la Parole de Dieu sera vivante, où chaque personne avec ses charismes sera valorisée et dans laquelle une diversité de ministères sera reconnue. Nous sommes convaincus que seul le renforcement conjoint de cinq dynamiques de l’Église – koinônia (communion), leitourgia (célébration), diakonia (service), didakè (formation) et marturia (témoignage) – permet à l’Église, dans la force de l’Esprit, de croître et de s’édifier dans l’amour (cf. Éphésiens 4/14-16).C’est pourquoi, nous voulons renforcer ces cinq dynamiques.

a. La communion (koinônia)

Nous croyons que l’Église est une communion de communions et la paroisse une communauté de communautés.
C’est pourquoi nous voulons susciter et soutenir les communautés de base, notamment sous la forme des groupes de maison.

Nous croyons que l’Église n’est pas d’abord un Parlement (dans lequel une majorité triomphe des minorités) mais un espace de communion. Nous cherchons d’autres manières de vivre ensemble et de nous organiser, et nous voulons promouvoir la prise de décision par consensus.

Nous croyons que pour soutenir, dynamiser et protéger cette communion qu’est l’Église, Dieu appelle certains hommes et femmes à exercer un ministère d’episkopè (dans le sens de « veiller sur ») sur un plan cantonal, romand ou fédéral. Comme tout ministère, il doit être exercé à la fois «selon un mode personnel, collégial et communautaire». Non comme un pouvoir qui divise, mais comme une autorité qui rassemble, à l’écoute du Dieu vivant. Nous prions donc Dieu de susciter des hommes et des femmes humbles, visionnaires et courageux, qui sauront faire vivre ensemble la belle diversité des couleurs de l’Église.

Nous croyons que pour soutenir, dynamiser et protéger cette communion sur un plan local (les lieux d’Église), Dieu appelle de même des hommes et des femmes humbles, visionnaires et courageux, à exercer un « ministère pastoral et presbytéral » dans le même esprit de service, d’écoute et de compassion. Alors que plusieurs pasteurs et conseillers de paroisse vivent ce ministère dans une grande solitude ou surcharge, nous prions Dieu pour qu’il vivifie le tissu communautaire de nos Églises.

b. La célébration (leitourgia)

Nous croyons que l’Église est d’abord un lieu de célébration communautaire de la beauté de Dieu et de ses œuvres.

C’est pourquoi nous voulons renouveler la vie cultuelle :

  • en un espace festif, de louange et de créativité, où chacun peut entendre la Parole, participer à la Sainte Cène et contribuer à l’édification de tous (1 Corinthiens 14/26ss) par ses dons et ses compétences ;
  • en encourageant la participation des laïcs dans tous les aspects du culte (accueil, décoration, musique, chant, prédication, témoignage, prière, prophétie…) ;
  • en revalorisant les repas (agapes et eucharisties) dans les célébrations communautaires ;
  • en vivant des temps de prière spécifiques de consolation et de libération pour les « fatigués et chargés » en lien notamment avec la Sainte Cène ;
  • en veillant à offrir une diversité de célébrations qui respecte, honore et relie les divers âges de la vie

Pour renouveler la qualité de la vie cultuelle, nous croyons que Dieu suscite des «ministères liturgiques». Alors que plusieurs ministres semblent peu ouverts à partager la prise de parole et à accueillir la nouveauté, nous prions Dieu pour qu’il suscite des hommes et des femmes qui sauront reconnaître et stimuler les nombreux charismes déjà donnés par le Saint-Esprit à l’Église (cf. 1 Corinthiens 12/4s).

c. Le service (diakônia)

Nous croyons que l’Église, en obéissance à son Seigneur venu pour servir (cf. Marc 10/42-45), est d’abord Servante.

C’est pourquoi nous voulons renforcer l’esprit de service. 

Tout ministère est diaconal, un service rendu à Dieu, à l’Église et à la société. Et chaque laïc a un ministère de type diaconal dans son lieu d’engagement. Et parce qu’aujourd’hui comme hier les injustices sont nombreuses et que bien des personnes se sentent «négligées» (Actes 6/1), une attention particulière doit être donnée à celles et ceux qui sont le plus fragilisés (personnes isolées et souffrantes, au chômage ou migrantes, en manque de reconnaissance ou d’amitié…).

Pour nourrir avec compassion chaque génération de l’Évangile, nous croyons que Dieu suscite des «ministères diaconaux», des femmes et des hommes «remplis d’Esprit et de sagesse» (Actes 6/3) capables de répondre à ces besoins avec générosité et compétence.

Nous croyons aussi que l’Église, en obéissance à son Seigneur venu pour libérer les captifs (Luc 4/16s) est appelée à prier pour la libération de la personne tout entière -l’esprit, l’âme et le corps (1 Thessaloniciens 5/23)- de chacun de nous et de nos contemporains. Nous prions Dieu pour qu’il suscite et forme aussi des personnes pleines de sensibilité et de discernement capables d’accompagner celles et ceux qui souffrent d’oppression spirituelle, voire d’obsession ou de possession démoniaque.

d. La formation (didaké)

Nous croyons que l’Église, à la suite de Jésus le Maître (didaskalos) par excellence (cf. Jean 13/13) est un lieu de formation de disciples (cf. Matthieu 11/28s, 28/19).

C’est pourquoi nous voulons renouveler la formation dans l’Église.

Et parce que la formation est un processus pour tous les âges (enfants, jeunes, adultes, personnes âgées) et pour toutes les dimensions de la vie ecclésiale (communion, célébration, service, témoignage), nous voulons améliorer la formation initiale et continue dans l’Église.

Nous encourageons en particulier :

  • le soutien et la formation des conseils et conseillers paroissiaux dans une dynamique visionnaire et de croissance;
  • le mentorat (relations d’échanges et de confiance entre personnes expérimentées et moins expérimentées) et le soutien réciproque entre

Pour renouveler la formation, nous croyons que Dieu suscite des «ministères de pasteurs et d’enseignants» (cf. Éphésiens 4/11) et aussi de formateurs, coaches et superviseurs.

Persuadés qu’il faut maintenir une double filière, à la fois académique (Université) et théorique et pratique (Haute École), nous soutenons en complémentarité avec les Facultés de théologie, le projet de création d’une Haute École de théologie en Suisse romande formant notamment les futurs ministres et membres des Églises réformées, évangéliques et issues de la migration.

Nous prions Dieu pour qu’il suscite de nombreuses vocations (cf. Luc 10/2) ainsi que des enseignants de qualité, «doux et humbles de cœur» (cf. Matthieu 11/29) et conscients de leur grande responsabilité (cf. Jacques 3/1).

e. Le témoignage (marturia)

Nous croyons que l’Église a comme mission fondamentale de rendre témoignage par l’Esprit Saint à Jésus, de qui Dieu le Père lui-même a rendu témoignage. Et ce témoignage s’adresse à tous (cf. Actes 1/8; Jean 5/31s).

C’est pourquoi, en communion avec les chrétiens des autres Églises, nous voulons encourager et renouveler l’évangélisation «afin que le monde croie» (cf. Jean 17/21s).

Et parce que le témoignage est l’affaire de chacun et que de « nouveaux styles d’évangélisation » doivent être trouvés, nous voulons restaurer auprès de tous les fidèles une saine fierté pour l’Évangile «puissance de Dieu pour le salut de tous» (Romains 1/16).

Nous souhaitons encourager les initiatives de la base (paroisses, groupes de maison, lieux communautaires, œuvres para-ecclésiales…) en les valorisant et en créant entre elles des liens.

Pour renouveler le témoignage, nous demandons à Dieu de susciter aussi des évangélistes (cf. Éphésiens 4/11) que nous voulons encourager et valoriser. Alors que nos Églises réformées peuvent être tentées de se replier sur leurs acquis qui diminuent, nous prions Dieu pour qu’il renouvelle en nous une vision de l’Église en croissance (cf. Actes 6/7; Colossiens 2/19) qui interpelle nos contemporains et qui réponde aux « questions de la vie » de chacun.

Nous sommes conscients que ces cinq dynamiques sont interdépendantes et ne peuvent être isolées les unes des autres. Elles se fondent toutes sur la confession du Christ ressuscité.

PARTIE 3 – NOS FONDEMENTS THEOLOGIQUES

La grâce multicolore de Dieu

 

«Pierre dit à Jésus: «Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il?» Jésus lui répondit:

«Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi.»

(Jean 21/21,22)

«Chacun, selon le charisme reçu, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants de la grâce multicolore de Dieu.»

(1 Pierre 4/10)

 

Alors que la tentation en temps de crise est de se crisper sur une identité étroite, nous sommes conscients que l’appel du Christ adressé à chacun est unique -«Toi, suis-moi»- et que la grâce transformatrice de Dieu dans l’Église et dans le monde se manifeste dans différentes couleurs théologiques, spirituelles, ecclésiales et ministérielles.

C’est pourquoi nous sommes à la fois fiers et humbles.

Nous sommes fiers des vérités de l’Évangile qui nous font vivre et que nous mettons au service de nos frères et sœurs dans l’Église et dans la société.

Et nous sommes humbles car notre amour pour ceux qui pensent autrement doit grandir et parce que notre perception des appels des autres et de la grâce si variée de Dieu est nécessairement limitée.

Dès lors, nous résistons fermement à toute limitation de l’action de la grâce de Dieu, par nous ou par d’autres.

Nous nous réunissons joyeusement à tous ceux qui répondent à l’appel du Christ-dans et hors notre Église- et qui s’ouvrent avec fierté et humilité à sa grâce.

Nous désirons ardemment une Église qui reflète toujours mieux dans le monde l’arc-en-ciel de la lumière du Christ.

L’unique fondement en Jésus-Christ

 

«Moi, dit Jésus à Thomas, je suis le chemin et la vérité et la vie.

Personne ne va au Père si ce n’est par moi.»

(Jean 14/6)

«Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement, un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit.

De fondement, en effet, nul ne peut en poser un autre que celui qui s’y trouve: Jésus Christ.»

(1 Corinthiens 3/10-11)

 

Alors que l’Église réformée s’interroge souvent sur le fondement de son identité, nous sommes conscients qu’il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et à qui nous allons, un seul Seigneur Jésus Christ, par qui tout existe et en qui nous sommes baptisés et un seul Esprit par qui tous sont animés et en qui nous sommes régénérés (cf. 1 Corinthiens 8/6, 12/13; Tite 3/5).

C’est pourquoi nous sommes à la fois en sécurité et en marche.

Nous sommes en sécurité, car nos vies trouvent leur assise sur l’unique fondement,
Jésus Christ, Dieu nous ayant ressuscités par grâce avec lui (cf. Éphésiens 2/4-6).

Et nous sommes en marche, car nous sommes appelés à avancer d’une manière digne de la vocation reçue (cf. Éphésiens 4/1) sachant que nos constructions sur ce fondement peuvent être ambivalentes et seront éprouvées par le feu au jour du jugement (cf. 1 Corinthiens 3/12-15).

Dès lors, nous résistons fermement à tout ce qui en nous et autour de nous cherche à établir un autre fondement que Jésus Christ, Jésus Christ crucifié (cf. 1 Corinthiens 2/2) et ressuscité (cf. 1 Corinthiens 15/1s) que ce soit pour la vie, la pratique ou la pensée de l’Église.

Nous rejetons la fausse doctrine explicite ou implicite selon laquelle l’Église aurait, en dehors de cet unique fondement, à reconnaître d’autres fondements de sa vie et de sa prédication, c’est-à-dire d’autres vérités, figures, événements ou puissances.

Nous nous réjouissons de confesser avec les chrétiens de toutes les Églises que
« Jésus Christ est Seigneur » (cf. Philippiens 2/11).

L’Écriture

 

«Sanctifie-les par la vérité. Ta parole (logos) est la vérité.»

(Jean 17/17)

 

«Toute Écriture est inspirée (theopneustos) de Dieu et utile pour enseigner, pour réfuter, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l’homme de Dieu

soit accompli, équipé pour toute œuvre bonne. »

(2 Timothée 3/16)

Alors que certains ministres des Églises réformées de Suisse romande, nourris d’une lecture premièrement historico-critique et anthropocentrique des textes («axiome de Semler») cherchent à faire prévaloir des interprétations (post-modernistes) dans la vie de l’Église et de la société, nous sommes convaincus qu’une autre lecture est nécessaire.

C’est pourquoi nous sommes à la fois affirmatifs et attentifs.

Nous sommes affirmatifs de l’autorité de l’Écriture, car nous reconnaissons que lestextes de la Bible sont à la fois comparables et non comparables aux grands textes de la littérature mondiale, car par eux le Dieu Vivant a parlé et nous parle encore. Seule une raison priante et libérée peut en accueillir le sens.

Nous sommes attentifs à la complexité de l’Écriture, car nous reconnaissons que Dieu a parlé « à plusieurs reprises et de plusieurs manières » à nos prédécesseurs et de manière finale par son Fils (cf. Hébreux 1/1s). Nous sommes persuadés que le respect de Dieu passe par le respect de l’humanité des messagers qu’il s’est choisis. Seule une raison aimante et respectueuse de cette complexité peut en accueillir le sens.

Dès lors, nous résistons à toute interprétation de l’Écriture qui minimise la puissance de Dieu (cf. Matthieu 22/29) ou son actualité (cf. Matthieu 5/17-20; 28/19-20).

Nous nous écartons aussi bien des interprétations excessivement rationalistes («Dieu n’agit pas dans l’histoire, tout n’est qu’humain dans la Bible, la raison commune suffit pour la comprendre»), spiritualistes («Dieu seul agit, tout n’est que divin dans la Bible, la prière suffit pour la comprendre»), fondamentalistes (« Dieu se fait toujours connaître dans la lettre de la Bible sans nécessaire interprétation des styles littéraires») qu’individualistes (« Dieu me parle exclusivement à moi seul ou à ma seule Église, indépendamment des autres »).

En communion avec les chrétiens des autres Églises, nous recherchons une compréhension conciliaire de l’Écriture qui soit fidèle à ce qui est sain(t) dans la tradition et attentive aux contextes actuels, qui prenne au sérieux tout le pouvoir de Dieu et tout le potentiel humain.

La théologie

 

«Moïse dit à Dieu : « Voici ! Je vais aller vers les fils dIsraël et je leur dirai :

Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. S’ils me disent : Quel est son nom ? — que leur dirai-je ? » Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SUIS».»

(Exode 3/13-14)

 

«Personne na jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. »

(Jean 1/18)

 

Alors que toutes sortes de discours sur Dieu se répandent au sein des Églises réformées et dans la société, nous sommes convaincus qu’une théologie chrétienne féconde et fidèle est celle qui reconnaît que «JE SUIS» -le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (cf. Exode 3/15) ayant fait alliance avec le peuple juif- s’est dévoilé de manière unique et suréminente en JÉSUS.

C’est pourquoi nous sommes à la fois émerveillés et saisis de respect.

Nous sommes émerveillés par la Lumière de Dieu qui, par le visage du Christ, vient briller dans nos ténèbres, éclairer nos coeurs et susciter l’amour (cf. Jean 8/12; 2 Corinthiens 4/6; 1 Jean 2/9s).

Nous sommes saisis de respect devant le Feu de Dieu qui, par l’action de L’Esprit, vient brûler nos représentations orgueuilleuses, réchauffer nos vies et nous conduire à servir Dieu dans l’humilité (cf. Exode 3/2; Actes 2/3s; Hébreux 12/28s; 1 Pierre 5/5).

Dès lors, nous résistons aux théologies dans lesquelles Dieu est un objet spéculatif qui fait sens, mais où il n’est plus le Sujet aimant qui fait vivre.

Nous nous écartons des théologies qui s’inspirent d’abord et principalement du Siècle des lumières et non de la Lumière de Dieu qui traverse les siècles et nous nous opposons au climat de doute et d’incrédulité actuel qui refuse ce que la raison autonome ne peut justifier. L’acceptation confiante de l’auto-révélation de Dieu est la base de toute démarche théologique, et la pré-condition nécessaire à un doute fécond.

Nous nous réjouissons de célébrer le Dieu Vivant -Père, Fils et Saint Esprit- tel que confessé dans les grandes déclarations théologiques, ainsi que dans les liturgies et hymnes du passé et du présent, du Nord et du Sud.

Le couple, la famille, le célibat

 

«Dieu créa les humains à son image: il les créa à limage de Dieu; homme et femme il les créa. Dieu les bénit;


Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et surveillez-
la.»

(Genèse 1/27s)

 

«Car tous vous êtes fils de Dieu par la foi en Jésus Christ. Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il ny a plus ni Juif, ni Grec; il n›y a plus ni esclave, ni homme libre;

il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. »

(Galates 3/26-28)

 

Alors qu’un courant dans l’Église réformée et la société tend à minimiser la différenciation sexuelle entre la femme et l’homme, nous affirmons, au contraire, que cette différenciation est à la fois structurante et vitale car inscrite dans le projet de création de Dieu.

C’est pourquoi nous sommes à la fois convaincus et attentionnés.

Nous sommes convaincus que l’image du Dieu trinitaire en l’humain est inséparable de l’unité-différence entre un homme et une femme (Genèse 1,26s). Nous croyons que l’Église doit encourager le mariage – où un homme et une femme sont unis dans la complémentarité et la fidélité – la famille – qui permet non seulement la transmission de la vie mais l’expérience de l’altérité et de l’affection, de la fraternité et de la solidarité entre sexes et générations – ou le célibat qui anticipe la plénitude du Royaume à venir (cf. Matthieu 19/1-12; 1 Corinthiens 7). Nous ne pouvons pas bénir l’union d’un couple homosexuel, même fidèle, car un tel couple est théologiquement incomplet et biologiquement stérile. Nous ne pouvons pas, à plus forte raison, bénir l’union de deux personnes en état d’infidélité ou d’adultère (cf. Malachie 2/13-16; Romains 1/24-27; 1 Corinthiens 6/9-11; Jean 8/3-11).

Nous sommes attentionnés, car nous savons que chaque être humain et chacun de nous est à la fois prodigieux (à l’image de Dieu), pécheur (perturbé, pathologique, idolâtre, infidèle) et appelé à être sauvé (pardonné, guéri, transformé, libéré). Le Christ a donné sa vie pour les pécheurs que nous sommes tous (Romains 3). Quel que soit notre état ou celui de nos prochains, l’amour du Christ nous presse à vivre son appel à être réconciliés avec Dieu et les uns avec les autres (2 Corinthiens 5/14s).

Dès lors, à la suite du Christ, vrai Dieu et vrai homme, nous résistons à toute anthropologie qui minimise la différence entre Dieu et l’humain ou entre un homme et une femme. Et nous résistons à toute anthropologie qui durcit cette différence et en fait une opposition dans la relation entre Dieu et l’humain ou entre les hommes et les femmes.

Nous nous réunissons joyeusement à tous ceux qui travaillent à promouvoir une Église et une société plus accueillantes et plus réconciliées où les différences de sexe, d’âge, de langue, de culture, d’ethnie, de classe sociale ou de profession ne seront plus des obstacles, mais des richesses.

Nous nous engageons à promouvoir tout ce qui peut favoriser la vie des familles, des couples ou des personnes seules (veufs/veuves, divorcé(e)s, parents seuls, célibataires souhaitant se marier ou non) ainsi que la vie de communautés intergénérationnelles et multiculturelles par un ancrage dans l’amour du Père de qui toute famille humaine trouve son sens (Éphésiens 3/14).

Le monde

 

«Car Dieu a tant aimé le monde qu›il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle.»

(Jean 3/16)

«Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de
votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait. »

(Romains 12/2)

 

Alors que certains protestants sont tentés d’idéaliser ce qui vient de la société moderne et d’autres à le mépriser, nous croyons que le monde, à l’image de l’être humain, est à la fois prodigieux et perturbé et qu’une juste attitude doit toujours à nouveau être trouvée. Nous croyons que le Christ nous appelle à être dans le monde sans être du monde (cf. Jean 17/6-19).

C’est pourquoi nous sommes à la fois solidaires et critiques de ce monde.

Nous sommes solidaires de ce monde, aimé de Dieu, avec ses beautés et ses souffrances (Romains 1/20; 8/22) qui sont aussi les nôtres.

Nous sommes critiques de ce qui est rebelle à Dieu dans le monde, les idolâtries et les injustices (cf. Romains 1/18-32) qui sont aussi les nôtres.

Dès lors nous résistons aussi bien à une proximité trop grande avec l’État et les standards de la société (tentation des Églises liées à l’État) qu’à une distance trop grande des préoccupations de l’État (tentation des Églises indépendantes ou libres).

Nous nous écartons tout autant d’une identification aux standards de notre société (de plus en plus sécularisée, post-chrétienne et souvent néo-païenne) que d’une fuite hors d’elle.

Nous recherchons le bien commun en nous impliquant dans la société et la vie politique, avec tous les humains de bonne volonté (de différentes convictions et religions) qui s’y engagent et qui travaillent pour un monde plus paisible et plus juste, plus écologique et plus attentif à l’ensemble des êtres créés (cf. Jérémie 29/7; Romains 8/22, 13/1-7 ; Genèse 1).

L’espérance

 

«Jésus dit à Marthe: « Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, même sil meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi sûrement ne sera pas mort pour toujours. Crois-tu cela ? » — « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ,
le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.»»

(Jean 11/25-27)

 

«Je vous le dis à vous, mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne. Oui, je vous le déclare, cest celui-là que vous devez craindre. Est-ce que lon ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Pourtant pas un dentre eux nest oublié de Dieu. Bien plus, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez
sans crainte, vous valez mieux que tous les moineaux.»

(Luc 12/4-7)

 

Alors que bien des théologiens réformés tendent à affirmer de façon univoque que «Nous irons tous au paradis», nous sommes conscients que Jésus a clairement affirmé que nos choix ont une incidence de Vie ou de Mort (Marc 9/42-50; Matthieu 23/33; 25/31-46 ; Jean 5/28-29…).

C’est pourquoi nous sommes à la fois dans une crainte respectueuse et sans crainte.

Nous sommes dans une crainte respectueuse du jugement aimant et juste de Dieu qui prend au sérieux notre liberté de nous ouvrir ou de nous enfermer, d’aimer ou de haïr, d’accueillir la grâce ou de la rejeter. Nous craignons notre propre endurcissement comme celui de nos contemporains (cf. Hébreux 3/12-4/2) et nous mettons notre zèle à vivre l’Évangile et à l’annoncer à tous (cf. 1 Corinthiens 9/16).

Nous sommes sans crainte et tout à la joie en entendant la voix du Ressuscité nous dire: «Soyez sans crainte» (Matthieu 28/10) et «Je vous donne ma paix» (Jean 20/19). Aussi tressaillons-nous d’allégresse, malgré les épreuves, à cause de l’espérance vivante qui nous est donnée par la résurrection du Christ (cf. 1 Pierre 1/3-9). Pour nous, comme pour l’apôtre Paul, vivre, c’est Christ et mourir est un gain. Dans l’attente de ce bienheureux passage et de la justice réparatrice de Dieu, nous savons que nos vies trouvent un sens profond dans le progrès de la foi et de la joie de ceux que Dieu nous confie (cf. Philippiens 1/21-25).

Dès lors nous résistons à tout discours qui dévalorise la vie présente au profit de la vie future et, plus encore, nous résistons à tout discours qui néglige la destinée éternelle au profit de notre vie passagère sur Terre (cf. 2 Corinthiens 4/16-5/10).

Nous rejetons tout discours qui ferait croire à nos contemporains, comme à nous-mêmes, que le salut est assuré automatiquement à tous, indépendamment de notre réponse personnelle à la grâce souveraine de Dieu.

Nous nous réjouissons de l’espérance offerte par le Christ qui nous libère de la «crainte de la mort» (cf. Hébreux 2/14s) et nous ouvre, à sa suite et avec tous ses bien-aimés, à une résurrection «éclatante de gloire» (cf. 1 Corinthiens 15/43). Nous attendons activement l’accomplissement de sa promesse « de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice régnera » (cf. 2 Pierre 3/13).

Conclusion

 

«Ainsi celui qui plante n’est rien, celui qui arrose nest rien : Dieu seul compte, lui qui fait
croître. Celui qui plante et celui qui arrose, c’est tout un, et chacun recevra son salaire à la mesure de son propre travail. Car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu,
et vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu. Selon la grâce que Dieu m’a donnée, comme un bon architecte, j’ai posé le fondement, un autre bâtit dessus.
Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit.»

(1 Corinthiens 3/7-10)

Les laïcs et les ministres des Églises réformées de Suisse romande, et d’autres Églises, qui trouvent dans l’esprit de ce Manifeste une expression de leurs convictions, de leur foi et de leur vision d’Église s’engagent à:

  • s’encourager mutuellement à rester attachés au Christ vivant et fort, et à prier, agir, travailler et bâtir d’une manière qui plaise à Dieu;
  • chercher sans cesse sa Présence à l’écoute de sa Parole et de l’Esprit pour rester à son service et au service de leurs frères et sœurs dans l’Église ;
  • à rester en dialogue avec tous ceux qui ne se reconnaissent pas (ou pas tout à fait) dans ce Manifeste et qui sont néanmoins prêts à « travailler ensemble à l’œuvre de Dieu ».

Puisse surtout le Dieu vivant, par les uns et par les autres, continuer de faire croître son Église dans l’amour de la vérité et la vérité de l’amour tels que révélés par Jésus Christ !

NOTICE – Le concept «évangélique»

Le concept “évangélique” est aujourd’hui malmené et prête à confusion. Pour beaucoup, il désigne un type de foi fondamentaliste et d’Église quasi sectaire. Pour d’autres, il continue d’exprimer l’identité d’une Église réformée d’État.

Karl Barth a écrit un livre de synthèse intitulé Introduction à la théologie évangélique. Nous nous inspirons de sa réflexion.

«L’adjectif qualificatif (évangélique) est un rappel du Nouveau Testament et, en même temps, de la Réformation du XVIe siècle. (…) il va de soi que l’expression «théologie évangélique» ne saurait être comprise et interprétée dans un sens exclusivement «confessionnel» (déjà parce qu’elle renvoie d’abord et essentiellement à la Bible, qui est respectée d’une manière ou d’une autre par toutes les confessions). Toute théologie «protestante» n’est pas nécessairement une théologie évangélique. Et l’on trouve de la théologie évangélique également dans le domaine du catholicisme romain et de l’orthodoxie orientale, comme aussi dans toutes les variations et altérations de la vérité redécouverte par la Réformation» (p. 8s).

Dans ce Manifeste, le concept «évangélique» désigne ce grand courant d’orthodoxie généreuse et accueillante qui traverse toute l’Église de Jésus-Christ et toutes ses dénominations et qui donne une priorité absolue à l’Évangile du «Dieu fait homme, crucifié, ressuscité» pour nous (Jean Chrysostome) tel que révélé dans la Bible.

Voici cinq caractéristiques importantes et non exhaustives de l’identité «évangélique»:

  1. La centralité de la vie, de la mort et de la résurrection corporelle du Christ pour le salut de chacun.
  2. La primauté de la Bible comme Parole de Dieu.
  3. L’importance d’une relation personnelle et vivante avec le Christ au sein d’une communauté de frères et de sœurs.
  4. L’appel à témoigner de l’Évangile à tous par les actes et les paroles.
  5. La nécessité de s’ouvrir à l’Esprit Saint pour comprendre la Parole de Dieu, vivre la communion avec le Christ et dans l’Église ainsi que pour faire rayonner l’Évangile.