Introduction

Ce document n’a pas la prétention d’une recherche complète et aboutie sur le sujet. Il veut offrir quelques points de repère biblique et des questions pour nourrir une réflexion critique.

J’ai entrepris cette rédaction face à un double constat dans mon expérience pastorale en milieu réformé vaudois. Je suis frappé par la grande ouverture, voire l’attirance de nombreux croyants envers toutes sortes de « thérapies alternatives» et la méconnaissance tant de leurs racines spirituelles que de l’éthique chrétienne dans ce domaine. D’autre part, je suis attristé de constater la pauvreté de l’offre en relation d’aide dans nos paroisses réformées.

Nous sommes soucieux de ne pas mettre toute forme de pratiques et thérapies dans le même sac. Notre intérêt se focalise en particulier sur les faiseurs de secrets et guérisseurs, pratiques répandues en Suisse romande.

 

GUÉRISSEURS ET FAISEURS DE SECRET

DES POINTS DE REPERE & UN ÉCLAIRAGE BIBLIQUE.

Pasteur Olivier Bader, décembre 2017

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1ère Partie :
Quelques points de repère au sujet des guérisseurs et faiseurs de secrets

A/ Pourquoi les thérapies alternatives connaissent-elles un certain succès ?

Ci-dessous, nous énumérons brièvement quelques facteurs ou explications pour comprendre comment il se fait que de nombreux croyants banalisent le recours aux guérisseurs et faiseurs de secret, voire même considèrent cela avec un regard favorable.

La personne toute entière

La médecine traditionnelle a, pendant longtemps – mais cela a évolué ces dernières années -, porté un regard spécialisé et focalisé sur la maladie. Les thérapies parallèles prennent en compte la personne tout entière et elles favorisent la relation au patient. La personne souffrante se sent écoutée et considérée comme un tout.

Ouverture à l’irrationnel

Après des années marquées par le rationalisme et une hyper confiance en la science, nous observons un retour de balancier. Nos contemporains sont très ouverts, voire fascinés, par le monde irrationnel et métaphysique.

Syncrétisme

Les gens ont moins de scrupule aujourd’hui à mélanger médecine, religion et thérapies diverses. Même le milieu médical fait preuve d’ouverture aux thérapies alternatives. Des listes de guérisseurs et faiseurs de secrets sont disponibles dans les hôpitaux. Parmi les croyants, l’idée est répandue que les « dons » et « secrets » des guérisseurs sont une bénédiction de Dieu pour le bien des autres.

« Pourvu que ça marche ! »

La sagesse populaire et de manière plus large, les courants sociaux-économiques contemporains sont fondés sur le pragmatisme et la philosophie du résultat : « Pourvu que ça marche ! ». C’est donc un argument fréquemment entendu en rapport aux guérisseurs et faiseurs de secrets : « Nous ne pouvons pas l’expliquer, mais ça marche. »

« C’est pour le bien. »

Beaucoup sont rassurés par le fait que les faiseurs de secrets et guérisseurs font le bien en toute bonne foi. De plus, ils le font souvent gratuitement. Cet altruisme affiché sonne comme une garantie de vérité.

« Référence à Dieu ou aux saints »

Bien des croyants sont sensibles au fait que certains faiseurs de secret et guérisseurs formulent des prières à l’endroit d’un saint ou de Dieu. La plupart d’entre eux ne s’opposent pas à la foi de leur patient ou à la religion.

La santé à tout prix

La santé et la qualité de vie sont devenues des valeurs primordiales qui justifient de gros investissements. Les patients insatisfaits n’hésitent pas à changer de médecin ou à faire recours à d’autres moyens pour obtenir la guérison, ou au moins un soulagement dans la souffrance. Le recours aux guérisseurs est ainsi une alternative pour palier aux limites de la médecine traditionnelle.

Si de nombreux croyants recourent à ces pratiques, c’est aussi à cause du silence ou de la tolérance de l’Eglise et plus regrettable encore, à cause du peu d’offre dans le domaine de la relation d’aide.

Le silence et la tolérance de l’Eglise

Les églises historiques, en particulier, s’abstiennent de porter un regard critique sur les thérapies alternatives, par peur de « peindre le diable sur la muraille » et de culpabiliser les croyants qui y accordent du crédit. D’autre part, une théologie libérale fait preuve de tolérance. Elle adopte bien des arguments cités ci-dessus, dont l’idée d’un Dieu agissant généreusement au travers de la nature ou des « dons naturels » de certaines personnes.

L’Eglise doit oser aborder ces questions en dépassant les simples interdits et en enseignant une foi solidement ancrée en Dieu seul, en la grâce seule, en la foi seule, en la bible seule. Le crédo des réformateurs résonne de manière particulièrement pertinente en rapport à notre sujet.

Le vide laissé par L’Eglise

Ces dernières décennies, la relation d’aide en Eglise a adopté les références anthropologiques et les outils psychothérapeutiques enseignés dans les académies. Elle a donc rationnalisé son approche, marginalisant la prière et la foi en relation d’aide. Peu nombreux sont les pasteurs et prêtres ouverts à la prière de délivrance ou de guérison, ou simplement à une prière d’autorité, qui invoque le nom de Jésus-Christ.

Les ecclésiastiques, soucieux de ne pas dépasser leurs limites, ou de ne pas faire naître de faux espoirs, orientent les gens vers des psychothérapeutes ou des médecins, négligeant une relation d’aide qui prend en compte toute la personne, corps, âme et esprit.

B/ La pratique des faiseurs de secrets ou de guérisseurs est indéfinie, plurielle, secrète, non engagée.

Le livre de Magali Jenny, ethnologue, « Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse Romande » a été un succès de librairie (publié en 2008 ; seconde édition en 2012). Ce travail d’investigation auprès d’un certain nombre de praticiens présente un répertoire de 250 adresses. Il contribue ainsi au mouvement qui tend à reconnaître et à valoriser ces pratiques. Maintenant, il faut savoir que l’auteur, toute scientifique qu’elle soit, s’est engagée avec un apriori positif. Elle parle elle-même de sa « fascination ». Elle porte donc un regard sympathique sur son sujet.

Avec quelques citations tirées de ce livre, souvent des témoignages de faiseurs de secrets ou de guérisseurs, j’aimerais montrer quelques caractéristiques de leurs pratiques.

La source de la guérison est indéfinie et plurielle

« … les guérisons obtenues sont toujours le résultat d’une coopération avec la médecine allopathique, d’un changement survenu chez le patient qui décide de s’en sortir et donc de guérir, ou encore l’œuvre et la volonté d’une puissance supérieure appelée Dieu, énergie universelle ou source divine. » p. 38

« La plupart des guérisseurs pensent que leur don vient de Dieu ou d’une force supérieure… Une instance transcendante est toujours présente, mais pas forcément en lien avec la religion. Elle a un lien certain avec une force supérieure que l’on appellera Dieu ou Saint Christophe, mais aussi énergie universelle, force naturelle ou lumière de l’au-delà. » p. 57

« La plupart du temps, le secret est, dans le contexte catholique, une prière adressée à un saint, souvent en rapport avec le martyre qu’il a subi, accompagné d’un ou de plusieurs signes de croix. Dans le contexte protestant, ces prières s’adressent plutôt à la trinité. » p.51

« Même si la plupart des formules ont un lien avec la religion, il existe cependant des secrets qui ont une base païenne… » p.51

La foi des guérisseurs et faiseurs de secrets est centrée sur les capacités du guérisseur et sur ses outils.

« Si les guérisseurs en général ont des croyances hétéroclites et croient surtout en une énergie universelle qu’ils appellent parfois Dieu, tous les faiseurs de secrets interrogés sont croyants. Ils ne sont pas forcément pratiquants, mais leur croyance, à quelques exceptions près, est clairement inscrite dans la religion chrétienne… » p.83

« Celui qui fait doit croire, il doit déjà croire dans ses capacités. « Je suis obligée de croire dans l’efficacité du secret. » « Il faut avoir une foi absolue en la formule. » p.84

La foi du consultant est indéfinie, voire superflue.

« Mais croyance et foi n’ont pas nécessairement un lien avec la religion. L’important étant,…, que le consultant croie en « quelque chose » : dans le guérisseur, dans la technique utilisée, dans l’efficacité des secrets, dans un dieu quelconque, dans une force supérieure, etc. La foi, quant à elle, implique une notion de confiance qui aide à guérir, mais elle n’est pas indispensable pour l’efficacité. » p.84

Ces quelques citations présentent des convergences de vocabulaire et d’attitudes avec la foi chrétienne. Mais le glissement est subtil et les contradictions sont fondamentales.

Chez les guérisseurs, l’origine et les modalités de la guérison ou du soulagement sont floues, voire secrètes. Au contraire, la foi se réfère clairement au Dieu trois fois saint révélé en Jésus- Christ, comme seul acteur de la guérison.

La personne du guérisseur, ses dons et techniques sont au cœur du processus de guérison et le patient reste totalement passif. Au contraire, selon la bible, Dieu agit souverainement en s’appuyant sur la foi du croyant et le rôle du tiers aidant est marginal.

Dans la seconde partie, nous verrons que la foi en Dieu dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament est clairement profilée, exclusive et engagée. D’autre part, nous verrons aussi que les notions de santé et de guérison sont beaucoup plus larges et profondes que la définition commune que l’on s’en fait.

 

2ème Partie : Quelques références bibliques

A/ La foi en Dieu dans l’Ancienne Alliance est définie, exclusive et engagée.

La foi d’Israël est fondée sur les promesses de Dieu à Abraham, à Jacob et à Moïse, sur la sortie de l’Egypte, sur le don de la loi et de la terre promise. Au travers de ces événements, Dieu se présente comme le « Dieu d’Abraham et de Jacob », le « Seigneur, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte », etc…

Il s’agit d’un Dieu qui se révèle personnellement au cours de l’histoire d’Israël. Il appelle à une foi exclusive qui ne tolère pas de syncrétisme, ni d’autres pratiques religieuses que l’observation de la loi. Les promesses de vie et de salut sont étroitement attachées à la fidélité d’Israël aux « commandements et instructions » et à l’adoration du Dieu Un et unique.

En voici quelques exemples :

Exode 20,2-3 Les 1er et 2ème commandements

« C’est moi le Seigneur, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ; Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi. »

Lév 19,31 Un interdit

« Ne pratiquez pas la divination ; n’y recourez pas, car cela vous rendrait impurs. C’est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu. »

Dt 18,9-12 Des pratiques abominables

« Lorsque vous aurez pénétré dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous accordera, vous ne vous mettrez pas à imiter les pratiques abominables de ses habitants actuels. Qu’on ne trouve parmi vous personne qui offre son fils ou sa fille en sacrifice, ni personne qui s’adonne à la magie ou à la divination, qui observe les présages ou se livre à la sorcellerie, qui jette des sorts ou qui interroge d’une manière ou d’une autre les esprits des morts. Le Seigneur votre Dieu a en horreur ceux qui agissent ainsi, et c’est pourquoi il va déposséder les habitants de ce pays lorsque vous arriverez. »

Es 8,18-20, C’est Dieu qu’il faut consulter !

« Certains déclarent : Consultez les esprits des morts, qui chuchotent et murmurent en prédisant l’avenir. Il est normal, disent–ils, qu’un peuple consulte ceux qui sont ses dieux, qu’il s’adresse aux morts en faveur des vivants.

Si l’on vous dit cela, vous répondrez : C’est aux instructions et aux messages du Seigneur qu’il faut revenir. Celui qui n’adoptera pas ce mot d’ordre ne verra pas l’aurore. »

B/ Le ministère du Christ

Les Evangiles nous montrent comment Jésus pratiquait son ministère en public. Ses gestes et paroles sont témoignage rendu au Père. Jésus se présente comme « lumière du monde », révélation du Père. Son ministère est le fruit de sa relation intime à son Père.

Les guérisons et délivrances qu’il opère ne visent pas exclusivement le mieux-être de la personne. Elles tendent aussi à rétablir l’individu dans sa relation à Dieu (sa foi), à lui-même et aux autres (réintégration sociale). Ultimement, les guérisons et délivrances sont signes du Royaume et glorifient Dieu.

Enfin, quand Jésus guérit, il fait appel à la foi de la personne ou de ses proches. La guérison est souvent le premier pas sur un chemin de disciple, initiation à une relation au Père.

Matt 4,23-24 Un ministère public

« Jésus allait dans toute la Galilée ; il enseignait dans les synagogues de la région, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissait les gens de toutes leurs maladies et de toutes leurs infirmités. L’on entendit parler de lui dans tout le pays de Syrie et on lui amena tous ceux qui souffraient de diverses maladies ou étaient tourmentés par divers maux : ceux qui étaient possédés d’un esprit mauvais, ainsi que les épileptiques et les paralysés. Et Jésus les guérit. »

Ce texte nous renseigne sur caractère public du ministère de guérison de Jésus. Il guérit aussi ouvertement et naturellement qu’il enseigne. Les guérisons sont la manifestation de ce Royaume qu’il annonce et incarne.

Matthieu 12, 28-30 C’est par l’Esprit de Dieu

« En réalité, c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les esprits mauvais, ce qui signifie que le Royaume de Dieu est déjà venu jusqu’à vous. […] Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; et celui qui ne m’aide pas à rassembler disperse. »

Rien de secret, pas de formule, ni de geste particulier, au contraire, Jésus explique que c’est « par l’Esprit de Dieu » qu’il délivre. Dans l’Evangile de Jean (Jn 5,19), il dit même « qu’il ne peut rien faire par lui-même » !

Jean 3, 1-3 Signes miraculeux, Royaume et vie nouvelle

« Il y avait un homme appelé Nicodème, qui était du parti des Pharisiens et qui était l’un des chefs juifs. Il vint une nuit trouver Jésus et lui dit : Maître, nous savons que Dieu t’a envoyé pour nous apporter un enseignement ; car personne ne peut faire des signes miraculeux comme tu en fais si Dieu n’est pas avec lui. 3 Jésus lui répondit : Oui, je te le déclare, c’est la vérité : personne ne peut voir le Royaume de Dieu s’il ne naît pas de nouveau. »

Ici, Jésus confirme les propos de Nicodème en allant plus loin et en affirmant que pour « faire des signes miraculeux », non seulement Dieu est « avec lui », mais il est vient de Dieu (v.14ss). Jésus produit des signes du Royaume, car il procède de Dieu. Plus encore, Nicodème et tous les croyants sont aussi appelés à « naître de nouveau » ou « d’en haut » ! Fondamentalement, c’est en vertu de notre identité « d’enfants de Dieu » que nous sommes au bénéfice des signes du Royaumes (guérison, libération, restauration…).

Jean 5, 5-6 Veux-tu être guéri ?

« Il y avait là un homme malade depuis trente huit ans. Quand Jésus le vit étendu à terre et apprit qu’il était malade depuis longtemps déjà, il lui demanda : Veux-tu être guéri ? »

Cette question, parfois posée sous une autre forme (Luc 18,41), valorise la foi de la personne , la rend active et l’appelle à une relation à Dieu. La volonté et la foi de la personne en demande d’aide sont activement sollicitées.

Marc 2,5 Guérison et pardon des péchés

« Mon fils, tes péchés sont pardonnés. »

Souvent, comme ici pour le paralytique porté par ses amis, Jésus guérit et pardonne. Comme nous le verrons encore plus loin, la guérison physique n’est pas une fin en soi. La guérison est globale. Elle est chemin de réconciliation à Dieu.

C/ La foi et le ministère des croyants

Guérisons et délivrances sont des signes qui accompagnent la foi. La foi en Jésus-Christ donne au croyant « une autorité spirituelle ». Tout croyant a la possibilité d’invoquer le nom du Christ dans sa vie ou celle d’un proche. Si des pasteurs, prêtres ou laïcs ont développé une expérience particulière, la guérison ou la délivrance sont des charismes donnés par la foi à tout croyant. Cette « prière d’autorité » est clairement fondée en Jésus-Christ, lumière du monde. Elle exclut tout autre invocation ou procédé spirituel.

1 Jean 5, 4-5 Vainqueurs du monde

« … car tout enfant de Dieu est vainqueur du monde. Et le moyen de remporter la victoire sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? Seul celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu. »

Ce texte fait référence à la nouvelle naissance et à l’identité d’enfant de Dieu. Ainsi, la foi dont il est question n’est pas une forte croyance en quelque chose, mais un processus qui engage la personne tout entière dans une vie renouvelée par et en Dieu. En conséquence, le croyant est « vainqueur du monde ». Le monde c’est ici le lieu où les forces des ténèbres tentent d’aliéner l’être humain, entre autre par la souffrance et la maladie. Ainsi, tout croyant « né de nouveau/enfant de Dieu » est autorisé à vaincre et à remporter la victoire.

Marc 16,15-18 En mon nom !

« Puis il leur dit : Allez dans le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle à tous les êtres humains. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné.

Et voici à quels signes on pourra reconnaître ceux qui auront cru : ils chasseront des esprits mauvais en mon nom ; ils parleront des langues nouvelles ; s’ils prennent des serpents dans leurs mains ou boivent du poison, il ne leur arrivera aucun mal ; ils poseront les mains sur les malades et ceux–ci seront guéris. »

Ce texte a fait couler beaucoup d’encre. Personnellement, je le lis dans la perspective du précédent (1 Jn 5,4-5). Il est un appel clair et concret adressé à tous les croyants à mettre en œuvre, par la foi en Jésus-Christ, leur identité/statut « d’enfant de Dieu vainqueur du
monde ». Ici, Jésus s’adresse aux onze disciples, pas tellement en vertu de leur qualité d’apôtres chargé d’un « ministère spécialisé », voire limité au temps apostolique, mais comme pionniers d’une « attitude de foi », d’un « positionnement spirituel » qui est le propre de tous les croyants.

Actes des apôtres 3,16 La foi au nom de Jésus

« Grâce à la foi au nom de Jésus, ce Nom vient d’affermir cet homme que vous regardez et que vous connaissez ; et la foi qui vient de Jésus a rendu à cet homme toute sa santé, en votre présence à tous. »

J’aime cette parole qui coupe court à toute tentation de divinisation des apôtres et qui renvoie les spectateurs à la foi seule, au Christ seul. Ici aussi, pas de « super guérisseur », pas de « don », pas de secret, pas de formule particulière.

2 Corinthiens 3,16-4,2 Non aux procédés secrets !

« C’est seulement par la conversion au Seigneur que le voile tombe. Car le Seigneur est l’Esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande par le Seigneur, qui est Esprit.

Aussi puisque, par miséricorde, nous détenons ce ministère, nous ne perdons pas courage. Nous avons dit non aux procédés secrets et honteux, nous nous conduisons sans fourberie, et nous ne falsifions pas la parole de Dieu, bien au contraire, c’est en manifestant la vérité que nous cherchons à gagner la confiance de tous les hommes en présence de Dieu. »

Ce texte insiste encore sur l’œuvre de l’Esprit qui amène la liberté dans la transparence et la confiance. Au contraire, les « procédés secrets et honteux » peuvent être séduisants, efficaces et soulager temporairement, mais ils ouvrent la porte à des forces inconnues qui génèrent dépendance et souffrance.

Colossiens 2, 6-10 Que personne ne vous séduise.

« Ainsi, puisque vous avez accepté Jésus–Christ comme Seigneur, vivez dans l’union avec lui. Soyez enracinés en lui et construisez toute votre vie sur lui. Soyez toujours plus fermes dans la foi, conformément à l’enseignement que vous avez reçu, et soyez pleins de reconnaissance.

Prenez garde que personne ne vous séduise par les arguments trompeurs et vides de la sagesse humaine : elle se fonde sur les traditions des hommes, sur les forces spirituelles du monde, et non sur le Christ. Car tout ce qui est en Dieu a pris corps dans le Christ et habite pleinement en lui ; et c’est par lui que vous avez tout reçu pleinement, lui qui domine toute autorité et tout pouvoir spirituel. »

Pourquoi chercher ailleurs quand nous avons « tout reçu pleinement en Christ » ?

Répondre à cette question c’est mettre un terme à toutes tergiversations au sujet des guérisseurs et faiseurs de secrets.

Vivre sous la Seigneurie du Christ, approfondir notre union et développer nos racines en Lui, affermir notre foi, bref vivre de la plénitude du Christ, voilà un programme qui a de quoi nous combler au-delà de toute espérance. Qu’allons-nous donc encore chercher et expérimenter en eaux troubles ?

D/ Conclusion : Santé, guérison et Salut

Les références bibliques ci-dessus nous poussent à élargir une conception trop étroite de la santé et de la guérison. Dans une approche biblique « guérison » et « salut » sont synonymes. La guérison est l’œuvre de Dieu qui rétablit la relation de confiance entre Lui et nous. Dieu nous « réconcilie » avec Lui, il nous pardonne nos péchés. Il permet aussi le rétablissement d’une juste relation à soi et aux autres. Ultimement, la guérison est un témoignage rendu à Dieu.

« La santé est le fait d’être restauré dans toute sa personne et dans sa destinée humaine. » Ou encore : « La santé, c’est vivre une relation de confiance envers Dieu, ou littéralement
« être tourné vers Dieu » » CASS (Chrétiens Au service de la Santé), Quelles thérapies… pour quelle santé ?, 2009, p.20

Dans cette perspective, Dieu nous considère de manière globale et répond de manière globale. Son œuvre de restauration est donc plus large et plus essentielle, elle dépasse la guérison ou le mieux-être physique. D’ailleurs, ces derniers ne sont pas les signes systématiques de l’exaucement. La pratique de la prière ne nous autorise pas à dire « ça marche ! ».

Paul en a fait l’expérience douloureuse. Mais au cœur de sa souffrance, il expérimente l’amour de Dieu sans mesure, un baume de confiance et de paix, qui lui permet de traverser la souffrance, la maladie et la mort…

2 Corinthiens 12,8 Ma grâce te suffit…

« Trois fois j’ai prié le Seigneur de me délivrer de cette souffrance. 9 Il m’a répondu : « Ma grâce te suffit. Ma puissance se manifeste précisément quand tu es faible. »

 

***

Annexe 1 : Un témoignage

Le témoignage ci-dessous, nous aide à comprendre les mécanismes liés à la pratique du secret et ses risques. Il montre aussi la possibilité d’en sortir et l’étendue de la restauration en Christ.

« Jacqueline travaille dans un hôpital comme aide-soignante. Alors qu’elle fait la tournée de ses patients, l’un d’eux constate qu’elle boite et lui en demande la raison. Apprenant qu’elle souffre d’arthrose à la hanche, il l’invite à la rejoindre après sa tournée pour lui faire le secret. Au terme de sa distribution de thé, Jacqueline se rend effectivement auprès du patient. Celui-ci lui « fait le secret » en lui frictionnant l’endroit douloureux avec de l’alcool camphré et en marmonnant une prière secrète. L’effet de ce traitement est radical : les douleurs disparaissent instantanément ! Jacqueline est vraiment impressionnée. Elle vient de découvrir une nouvelle manière d’être soignée ; qui plus est, ce traitement est efficace, rapide et gratuit !

Par la suite, Jacqueline consulte à plusieurs reprises ce patient guérisseur, en raison de ses douleurs de hanche, qui reviennent régulièrement. A chaque fois, un nouveau soulagement se produit. De quoi interpeller cette aide-soignante et susciter sa curiosité pour cette thérapie. Dans son intérêt croissant pour ce traitement, elle reçoit de cette personne la formule pour guérir les brûlures, les verrues. Elle découvre progressivement d’autres pratiques qui font appel à des dons surnaturels. Elle se demande alors pourquoi ne pas rechercher des dons plus puissants, si ceux-ci peuvent soulager la souffrance humaine. Elle élargit son champ de recherches en faisant connaissance avec un guérisseur hindou, qui l’initie à de nouvelles pratiques, destinées à développer son don.

Tout en découvrant un monde nouveau qui la fascine, Jacqueline fait l’expérience de crises d’angoisse ou se sent parfois entourée de présences glaciales et terrorisantes dans sa chambre, durant la nuit. Des idées suicidaires la tourmentent. Ces manifestations semblent s’intensifier au fur et à mesure qu’elle pénètre plus profondément dans ce monde nouveau.

Jacqueline se trouve dans une situation paradoxale. En cherchant sincèrement à être guérie, elle expérimente effectivement un soulagement de ses douleurs de hanche, mais développe parallèlement des troubles qu’elle n’avait pas auparavant.

Ce n’est que bien des années plus tard qu’elle entre dans un réel processus de guérison : au milieu d’une forte crise d’asthme, elle remet sa vie entre les mains de Jésus-Christ. Dès ce moment, elle est non seulement guérie de son asthme, mais également de bien d’autres allergies (pollen, poils d’animaux, etc.), de son angoisse et de sa dépression. La guérison va même bien au-delà : Jacqueline, ayant rétabli sa relation à Dieu, reçoit de Lui la force de pardonner à son père, qui avait commis des actes terribles à son égard, et trouve une paix profonde qu’elle n’avait jamais connue. Cela fait maintenant 17 ans que jacqueline a été guérie et n’a pas eu de récidive. »

CASS, Quelles thérapies… pour quelle santé ?, CASS, 2009, p. 3-4

 

Annexe 2 : Quelques questions pour discerner :

  1. 1)  Lapersonnequiareçule«don»croit-elleenJésus-Christ?
    • –  Confesse-t-elle Jésus-Christ comme Seigneur et sauveur ?
    • –  Participe-t-elle à la vie d’une paroisse ou est-elle isolée ?
    • –  Sa vie est-elle conforme à l’Evangile ?
  2. 2)  Sadémarchethérapeutiqueest-elleconformeàlaBible?
    • –  Qui est invoqué, Jésus ou des invocations secrètes ?
    • –  Utilise-t-elle des moyens occultes, comme l’astrologie, la sorcellerie, la magie, la divination (cartes, pendule,…), l’invocation d’êtres surnaturels, de défunts ou d’une force surnaturelle ?
    • –  Croit-elle en un rituel précis, auquel elle attribue la puissance de guérison ?
  3. 3)  Ladémarchefavorise-t-ellelarelationàDieuetauxautres?
    • –  Quelles sont les conséquences de sa thérapie sur la personne malade, y compris sur le plan spirituel ?
    • –  Quelles sont les conséquences de sa thérapie sur les relations de la personne malade envers Dieu, les autres, la création et elle-même ?CASS, Quelles thérapies… pour quelle santé ?, CASS, 2009, p. 14Annexe 3 : Quelques références bibliographiquesCASS, Quelles thérapies… pour quelle santé ?, CASS, 2009, www.cass-romandie.orgMaurice Ray, L’occultisme à la lumière du Christ, Ed. Ligue pour la Lecture de la Bible, 1959Maurice Ray, Médecines parallèles : oui ou non ?, Ed. Ligue pour la Lecture de la Bible, 1983Gilles Boucomont, Au nom de Jésus, libérer. Le corps l’âme et l’esprit, Ed. Première partie, 2010

      Gilles Boucomont, Au nom de Jésus. Mener le bon combat, Ed. Première partie, 2011

 

Guérisseurs et faiseurs de secret : des points de repères et un éclairage biblique

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