On nous dit que l’homosexualité n’est pas un choix : « Les sciences humaines ont montré que l’homosexualité peut venir de causes diverses et multiples mais qu’elle n’est généralement pas un choix. Elle apparaît plutôt comme un donné, inné ou lié à des circonstances de vie » (Guy Lasserre). Cette affirmation appelle quelques commentaires :

1- Je ne suis pas en mesure de me prononcer à ce sujet mais je crois savoir qu’il n’y a pas d’unanimité dans le monde médical et psychologique sur la question de la nature et des causes de l’homosexualité. Dans un chapitre consacré à l’homosexualité de leur livre Turbulences, le professeur Eric Fuchs et le pasteur Pierre Glardon résument l’état actuel de la recherche : « A l’heure actuelle, aucune percée significative ne semble avoir été opérée dans ces domaines, et l’hypothèse classique a toujours cours : les sources de l’homosexualité sont prioritairement psycho-développementales » (Turbulences. Les réformés en crise, Ouverture, Le Mont sur Lausanne, 2011, p. 204).

2- Il me semble hasardeux de décréter que les auteurs bibliques se trompaient parce qu’ils n’avaient pas les connaissances psychologiques actuelles (Guy Lasserre). Est-on bien sûr que l’apôtre Paul critique les relations homosexuelles parce qu’il pensait que c’était un comportement librement choisi ? A mon avis, il les considère plutôt comme un des symptômes – choisi ou subi ? – d’une société qui a perdu le Nord, qui a « choisi » d’adorer la créature plutôt que le Créateur (Rm 1, 18-32).

3- Si je ne peux pas offrir un rite ecclésial aux couples de même sexe, ce n’est pas parce qu’ils auraient subjectivement choisi une mauvaise voie mais parce que cette forme de relation conjugale ne correspond objectivement pas au fondement biblique du couple : un homme et une femme unis par Dieu, selon la parole de Jésus : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle et qu’il a dit : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ! » (Mt 19,4-6).

4- Si nous prenons au sérieux ce que nous disent la biologie, la psychologie et la sociologie (sans parler des autres sciences qui peuvent être encore plus déterministes), force est de constater que nos « choix » ne sont pas si libres que nous le pensons. Nous sommes tous conditionnés par notre patrimoine génétique et influencés par le milieu dans lequel nous vivons et par les expériences de vie que nous avons faites.

Notez que cette observation rejoint le constat – encore plus radical – de l’apôtre Paul: « Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais » (Rm 7,15). Mon comportement n’est donc pas un pur choix… !

Quand le même Paul dit que la chair (= la nature humaine ) voue la loi à l’impuissance (Romains 8,3), il ne fait pas de distinction entre l’inné et l’acquis.

Il est donc absurde de prétendre que nous ne pouvons plus prendre au sérieux les textes bibliques  parce que leurs auteurs ne savaient pas à quel point nous sommes conditionnés ! 

5- Faut-il alors jeter à la poubelle toute la « loi » biblique pour ne garder que l’amour inconditionnel que Dieu nous offre en Jésus-Christ ? La théologie réformée a formulé de manière très éclairante le rôle de la loi biblique. Elle n’oppose pas de manière simpliste la loi et l’Evangile, comme si l’Evangile rendait totalement inutile la loi biblique. La loi garde 3 fonctions ou « usages » :

  1. Restreindre le mal dans la société (usus politicus) : « tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas… »
  2. Conduire les gens au Christ (usus elenchticus) en révélant à la fois la volonté de Dieu dans toute son ampleur et la condition humaine dans toute sa noirceur. « La loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché (Rm 7,14). « L’Ecriture a tout soumis au péché dans une commune captivité afin que, par la foi en Jésus-Christ, la promesse soit accomplie pour les croyants » (Ga 3,22). La reconnaissance de notre aliénation nous conduit aux pieds du Christ, qui incarne le pardon de Dieu pour nous.
  3. Apprendre aux croyants comment aimer Dieu et leur prochain (usus didacticus). Les commandements bibliques éclairent ce que veut dire le verbe « aimer » comme Dieu le conçoit.

6- En rappelant la « loi » biblique concernant la sexualité, nous n’excluons ni ne condamnons personne ; nous n’introduisons pas une nouvelle condition à remplir (être hétéro) pour mériter l’amour de Dieu.

  1. Nous aidons notre société à poser des repères. En l’occurence, ceci est un mariage ; cela n’en est pas un. Nous ne sommes pas en train de poser un jugement moral sur des personnes mais de rechercher une certaine cohérence éthique et théologique. Quand une Eglise comme la FEPS prend officiellement une position qui contredit les textes bibliques, elle sape ses fondements. « Cette Eglise, qui remet ainsi (implicitement ou explicitement) en cause l’anthropologie de la Parole qui la constitue, déconstruit, de fait, ses bases symboliques (…) En psychanalyse, comme en psychothérapie, on parle – lorsque ceci se produit – d’atteinte au cadre, voire de « déliaison pathologique du lien institutionnel » (Pierre Glardon, op.cit., p.219). 
  2. Nous aidons nos contemporains à prendre conscience de notre condition humaine : tous, d’une façon ou d’une autre, nous transgressons la volonté de Dieu ; tous, hétéros comme homos, nous ratons la cible de mille et une façons, et tous nous ne pouvons compter que sur la grâce de Dieu, incarnée en Jésus-Christ, pour nous tenir en sa présence. C’est ici – et non dans notre comportement plus ou moins choisi et subi – que se trouve le seul choix fondamental : croire ou ne pas croire à l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Jn 3,36).
  3. Nous encourageons les chrétiens à ne pas se conformer au monde ambiant mais à se laisser transformer par le renouvellement de leur être profond pour discerner quelle est la volonté de Dieu pour eux, leur couple, leur famille, leur société (Rm12,2).

Gérard Pella, décembre 2019

Ce n’est pas un choix…
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Un avis sur « Ce n’est pas un choix… »

  • 10 janvier 2020 à 23 h 37 min
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    On peut être en total désaccord avec cette longue série d’articles contre l’homosexualité sans pour autant jeter l’Ancien Testament à la poubelle. Mettre l’amour (ou la bienveillance, l’empathie, la générosité, la solidarité) au centre, c’est obéir au Christ et aux deux commandements qu’il nous donne. Utiliser l’amour comme unique critère pour discerner ce qui compte de ce qu’il faut écarter, ce n’est pas être simpliste, c’est suivre l’apôtre Paul. On ne peut pas prendre n’importe quel verset du Lévitique et le mettre au même niveau, voire au-dessus.

    Citer la Bible, très bien, mais pourquoi seulement de courts extraits sortis de leur contexte au risque d’en travestir le sens? Pour Mt 19,4-6, aucun rapport quelconque avec l’homosexualité; Jésus répond à une question des pharisiens sur la répudiation d’une femme par son mari. C’est ensuite qu’on entre en plein dans le sujet, mais aux antipodes de cet article: Jésus invite à ne pas juger ceux dont nous ne comprenons pas les choix, ou les situations non choisies, en matière de couple ou de sexualité. Et juste après, Matthieu relate l’accueil des enfants: «le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux», ceux qui acceptent une justice de Dieu qui nous dépasse.

    Je me réjouis de la décision de la FEPS même si je comprends qu’elle bouscule certains. Je me réjouis aussi des réactions de notre Synode ou du Consistoire de l’EPG. Elles sont des étapes vers une annonce plus large de l’Evangile, conforme, j’en suis certain, à la volonté de Dieu.

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